Orchestre Titanic, texte de Hristo Boytchev, traduction du bulgare par Iana-Maria Dontcheva (Éditions L’Espace d’un instant), mise en scène de Philippe Lanton

Crédit Photo : Patrick Berger

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Orchestre Titanic, texte de Hristo Boytchev, traduction du bulgare par Iana-Maria Dontcheva (Éditions L’Espace d’un instant), mise en scène de Philippe Lanton

 Orchestre Titanic est une comédie philosophique et burlesque de l’auteur bulgare Hristo Boytchev, découvert en France à travers Le Colonel-Oiseau, pièce créée avec panache et vive inspiration en 1999 par Didier Bezace au Festival d’Avignon puis au CDN d’Aubervilliers.

Le metteur en scène Philippe Lanton qui se penche depuis nombre d’années sur les écritures balkaniques – il a monté, entre autres pièces, Le Professionnel de l’auteur serbe Dusan Kovacevic -, s’est emparé avec feeling et acuité de Orchestre Titanic du bulgare Boytchev, une pièce loufoque, malicieuse et facétieuse qui donne à voir le mal sournois et ancré qui envenime la société des hommes sans travail et sans abri.

Un quatuor de laissés-pour-compte, exclus ou paumés créatifs – une femme et trois hommes – font tourner le plateau selon un destin fatal tourné vers le désenchantement – sentiment de perte et de déception.

Et puisque la roue de la chance insiste aussi mal-intentionnellement pour ne pas s’arrêter sur le bon chiffre – tels les trains de voyageurs qui ne marquent jamais l’arrêt à la station ferroviaire de nos routards involontaires, stoppés net dans le hall lugubre d’une gare désaffectée : ils rêvent manifestement et implicitement de monter dans un wagon menant vers le bonheur -, il faut donc en dépit de tout et contre mauvaise fortune faire bon cœur.

Rire, inventer, imaginer, arpenter les songes et s’amuser, ce que ne manquent pas de faire nos lascars hilares et en goguette dont la radieuse Lubka (Evelyne Pelletier) aux côtés de son homme maestro -, tous compagnons de route et partageant leur dose d’alcool.

Les comédiens jouent leur va-tout – un bon quart d’heure comique et pétillant -, façon Marx Brothers, sous un ciel mélancolique à la Beckett. Ils attendent fébrilement et sans le savoir leur Godot à eux, attirés immédiatement et comme fascinés par l’art de la magie du mystérieux Hari (Olivier Cruveiller), un rappel farcesque de figure beckettienne, sauveur qu’on espère et prestidigitateur à l’allure élégante.

Entre des séances de répétition scénique – théâtre dans le théâtre – dans lesquelles l’ex-chef d’orchestre vivace Meto (Philippe Dormoy) incarne les metteurs en scène autoritaires et sanguins, jugulant avec conviction son beau voyage des comédiens, tantôt tristes et tantôt rieurs, qui tiennent à la main leur valise en carton avec des rêves pleins la tête.

Doko (Christian Pageault), ex-montreur d’ourse, veuf de cette presque compagne disparue, n’a plus de raison de vivre ; de même, l’ex-chef de gare ou cheminot Louko (Bernard Bloch) qui a mémorisé les horaires de gare avec constance et talent, s’inquiète du non-sens des trajets :

« Hier, il est passé cinq trains dans un sens, qui transportaient du sable, et cinq autres dans le sens inverse, qui eux aussi transportaient du sable… Si on y réfléchit il n’y a aucun sens, mais si on n’y réfléchit pas, il y en a peut-être un … »

Comme une poignée de sable versée dans les yeux des enfants pour les aider à s’endormir, la force espiègle et l’élan moqueur de ces gentils plaisantins agit magnifiquement sur la scène pour les spectateurs ravis.

Tel l’orchestre du paquebot Titanic qui joue en plein naufrage, la comédie de Philippe Lanton bat son plein – théâtre d’ombre sur des tentes sommaires, petit rideau de scène pour les disparitions magiciennes, numéros de prestidigitation et masques colorés d’animaux – et le public se divertit en méditant sur l’accueil des migrants du monde.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie, du 10 janvier au 5 février. Tél : 01 43 74 99 61

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