Amphitryon, de Molière, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

Crédit Photo : André Muller

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Amphitryon, de Molière, mise en scène de Guy-Pierre Couleau

Jupiter, amoureux d’Alcmène, épouse du général thébain Amphitryon, se déguise selon la coutume divine, afin de prendre les traits du fameux guerrier.

Au service du dieu des dieux, Mercure, posté à la porte du palais du général, emprunte l’apparence de Sosie – le valet d’Amphitryon – pour chasser celui-ci de sa propre maison, de son service, et mettre à distance jusqu’à son identité, son « Moi ».

Sosie est ainsi brutalement mis à mal par un autre lui-même tyrannique, tandis que Jupiter prend la place de l’époux amoureux auprès d’Alcmène. Or, quand Amphitryon revient de guerre, le quiproquo file des conséquences dévastatrices inouïes.

La belle est stupéfaite de voir revenir un époux vainqueur, qui vient tout juste de quitter son lit, prêt à lui faire de nouveau – répétition étrange – le récit de ses aventures glorieuses et jusqu’à lui offrir un collier précieux qu’elle a déjà reçu.

Une seule princesse pour deux hommes – un dieu et un prince – que l’amante croit un, pendant que Sosie, effaré de tels dédoublements mensongers, perd la raison.

L’intrigue est facétieuse, s’attachant à mettre au jour le jeu malicieux de « à malin, malin et demi » entre ces partenaires inégaux que sont les dieux et les hommes.

Iniquité, malhonnêteté, trahisons, les dés sont pipés puisque les puissants – dieux de l’Olympe ou Louis-le-Grand en ce monde – n’en font qu’à leur tête princière.

La mise en scène de Guy-Pierre Couleau, directeur de la Comédie de l’Est – centre dramatique régional d’Alsace à Colmar – projette à travers la scénographie de Delphine Brouard et les lumières de Laurent Schneegans, une galaxie colorée et amusée, parsemée de planètes et d’anneaux lumineux – le domaine céleste des décideurs des événements humains, mais peut-être plus pour longtemps quoique…

La Nuit qu’interprète l’équivoque Jessica Vedel est lunaire au possible, tandis que la déesse s’entretient avec un Mercure vaniteux et sûr de son fait, incarné par l’excellent Kristof Langromme. Et l’air respiré du Mont Olympe peut remonter dans les cintres pour laisser advenir la comédie des hommes ici-bas, installée sur un plateau rustique à peine surélevé à l’image d’un théâtre rustre de tréteaux.

Et puisque comédie de Molière il y a, il fallait faire la part belle au rire et à ses jolis tracas. Sosie dont le rôle est central en tant que valet moqué, est porté magnifiquement sur le plateau par l’art et la verve de Luc-Antoine DIquéro, sorte d’Arlequin grugé. Pantalonnades, tourbillons, chutes, courses effrénées, mimiques clownesques ou mélancoliques, le comédien ne ménage ni ses efforts ni ses effets.

Le comédien est accompagné, comme il se doit, par Cléanthis – douce moitié mi-figue mi-raisin et pleine de revendications féministes que joue avec brio Isabelle Cagnat. La blonde Clémentine Verdier interprète Alcmène avec un emportement souverain – les beaux canons de l’amour et de la sincérité. Quant aux deux Amphitryon, ils sont pareillement séducteurs, qu’ils soient humains ou divins : François Rabette et Nils Öhlund jouent leur partition singulière en miroir inversé, fougueux et virils à souhait, déterminés et jaloux de leur propre gloire personnelle.

Un divertissement festif qui remet sur ses rails avec panache l’art premier du théâtre.

Véronique Hotte

Théâtre 71 Malakoff Scène Nationale, du 30 novembre au 4 décembre.

Célestins – Théâtre de Lyon, du 17 au 28 janvier 2017. Théâtre Victor-Hugo, Bagneux, le 22 mars. Le Bateau feu, Scène nationale de Dunkerque, les 10 et 11 mai.

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