Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis), de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, Festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

(c) Elisabeth Carecchio.jpg

Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni (Nous partons pour ne plus vous donner de soucis), inspiré par une image du roman Le Justicier d’Athènes de Petros Markaris, de Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, Festival d’Automne à Paris

 Restituer au théâtre l’image de quatre retraitées grecques et leur geste – un suicide causé par la crise économique qui afflige la Grèce dans les années qui initient le XXI é siècle – sans faire parler concrètement le contexte, tel est le propos dramaturgique des concepteurs scéniques singuliers Daria Deflorian et Antonio Tagliarini, présents et bien vivants sur le plateau de Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni.

Les interprètes sont à la fois des performers et des figures, des présences exposées puis en retrait, successivement ou alternativement, invitant le public à les écouter, accompagnés par deux autres comédiens, Anna Amadori et Valentino Villa, dans la même situation scénique, observateurs à la façon du public, et acteurs.

Le plateau est nu, si ce n’est un éclairage intense qui le domine, une table et quatre chaises, au départ, essaimées à cour et à jardin et qui seront rassemblées plus tard pour agrémenter la table sur laquelle sont déposés quatre verres et une bouteille d’alcool, des accessoires nécessaires à l’endormissement souhaité par les femmes.

Habillés de façon quotidienne, ils enfileront peu à peu des atours noirs – pull, jupe, perruque et capuche, y compris pour les comédiens qui interprètent des femmes – pour signifier le deuil et la mort en cachant leur corps sous un linceul noir repérable, un corps devenu inaccessible à vue et à jamais de l’extérieur comme de l’intérieur. Les chaises, tables, verres et bouteilles seront revêtus d’un feutre noir radical.

Les artistes s’emploient à incarner la figure du dedans et du dehors, le corps et les lieux, le je et l’autre, « l’intérieur du monde intérieur à l’extérieur », à la manière de Peter Handke que citent les metteurs en scène.

Une façon de parler de soi et de chacun dans le public, tous à la fois différents et semblables, une invitation à partager et ressentir l’état d’âme de ces retraitées.

L’entreprise théâtrale retourne l’intimité pour en dévoiler la vie brute – contraintes et limites sociales– à l’intérieur d’un monde ultra-libéral qui se dit excessivement fort, positif et progressiste alors qu’il n’est qu’arrogance pure, niant l’existence vécue.

Et puisque s’est installé chez les puissants dans une société inique, un refus de « voir » et de « reconnaître » les conditions de vie insignes des plus faibles et fragiles – la marginalité de la vieillesse -, le spectacle ce ne andiamo…, engagé éthiquement et esthétiquement, répond à son tour à ce déni méprisant et lâche par un refus autre, une volonté affichée de dire non pour ne plus soutenir l’insoutenable et s’opposer radicalement à l’éradication du sentiment digne d’être au monde.

La représentation, caractérisée par une sobriété et une épure à contre-courant de la dimension spectaculaire des produits scéniques tendance – avec musique, vidéo et scénographie impressionnante – signifie la justesse et l’urgence d’une parole autre.

Véronique Hotte

Festival d’Automne à Paris, Odéon – Théâtre de l’Europe, Ateliers Berthier, du 29 novembre au 7 décembre. Tél : 01 44 85 40 00

CDN Besançon Franche-Comté, du 7 au 9 mars. CDN Théâtre de Lorient, du 29 mars au 1er avril. Scène nationale Châteauvallon, le 19 mai.

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