Iphigénie en Tauride, texte Johan Wolfgang von Goethe, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, traduction Bernard Chartreux et Eberhard Spreng

Crédit photo : Raphael Arnaud

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Iphigénie en Tauride, texte Johan Wolfgang von Goethe, mise en scène de Jean-Pierre Vincent, traduction Bernard Chartreux et Eberhard Spreng (version en prose de 1779 et version versifiée de 1802 à L’Arche Éditeur)

 Iphigénie en Tauride est une réécriture par Goethe de la tragédie grecque d’Euripide, et le titre grec Tauri évoque une peuplade scythe installée à l’époque en Crimée.

Iphigénie, fille aînée d’Agamemnon et de Clytemnestre, a failli être immolée à Aulis, lors du départ de la flotte grecque pour Troie ; on la croit morte, or elle a été sauvée par Diane, transportée dans les airs jusqu’en Tauride où elle est devenue la prêtresse de la déesse, gardienne du temple sacrificiel.

Dans cette presqu’île sauvage, le culte cruel de Diane consiste à mettre à mort les étrangers échouant sur ces côtes. Iphigénie convainc par sa sagesse le roi Thoas de cesser les sacrifices. Le roi amoureux la demande en mariage, ce qu’elle refuse, rêvant de rentrer en Grèce ; dépité, l’éconduit rétablit l’usage des sacrifices humains.

Et quand deux jeunes gens accostent – son frère Oreste et son ami Pylade -, Iphigénie entreprend tout pour les sauver de la mort et rejoindre la Grèce avec eux.

Pour le metteur en scène Jean-Pierre Vincent, Goethe (1749-1832) offre à cette héroïne antique, porteuse de la « malédiction des Atrides » une parole signée de l’esprit des Lumières, ouvrant une brèche dans l’enchaînement fatal de la violence.

La représentation « officielle » de la pièce en 1802 correspond à la maturité goethéenne, à un discours plus mesuré, nourri d’idéalisme, du désir d’une société nouvelle, d’idéalisation de la Grèce et de la recherche de l’harmonie.

Ce théâtre de la parole ne pouvait que plaire à Jean-Pierre Vincent, enclin à servir le verbe – images poétiques et débats d’idées, métaphores et argumentaire – un absolu de la littérature classique qu’on n’a guère l’occasion de priser sur la scène.

De plus, l’écriture est mise au service de la révélation d’une parole féminine qui réfléchit et médite, pèse et évalue philosophiquement les capacités persuasives de son propre discours, se refusant à la violence et à la puissance masculines – qu’elles soient physiques ou bien morales -, sondant à travers le raisonnement et une intuition personnelle, les forces profondes et enfouies en elle qui la préparent et l’obligent irréversiblement à dire non, à s’opposer et à refuser le diktat masculin.

Dire et agir en même temps, éluder la ruse et le mensonge, tel est ce qui fait se tenir Iphigénie, figure subversive merveilleusement interprétée par Cécile Garcia-Fogel, debout ou bien assise sur un rocher, réagissant vivement à l’entêtement des hommes en levant les bras, semblant implorer désespérément les dieux, ou bien en se cabrant et tournant sur elle-même pour mettre à distance une fragilité passagère.

Voix grave et feutrée, elle impose une volonté majestueuse et la sagesse révolutionnaire idéale : faire advenir une pensée raisonnable et ouvrir les esprits.

Sous l’ombre d’un beau pin maritime nabis dessiné par le décorateur Jean-Paul Chambas, les hommes et la femme s’affrontent sur le sable blanc des plages des villes en ruines, parsemées de restes antiques, cités d’hier et d’aujourd’hui.

Accueillir l’étranger, le protéger et l’assister, telle est la loi à rappeler encore.

Les acteurs masculins qui entourent l’égérie féminine ne dérogent pas aux enjeux de la problématique politique et poétique aux accents immédiatement contemporains. Vincent Dissez incarne la passion dévastatrice comme la détermination lucide, et Pierre-François Garel pour Pylade est un jeune homme convaincant. Thierry Paret est le patient Arkas, conseiller persuasif mais impuissant intercédant entre Iphigénie et le roi Thoas, lui-même incarné par l’élégance et la maturité d’Alain Rimoux.

Véronique Hotte

Les Abbesses – Théâtre de la Ville, du 23 novembre au 10 décembre. Tél : 01 42 74 22 77

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