Une Légère Blessure, texte et dramaturgie de Laurent Mauvignier, mise en scène de Othello Vilgard

Crédit Photo : Ida Jakobs

unspecified

Une Légère Blessure, texte et dramaturgie de Laurent Mauvignier, mise en scène de Othello Vilgard

La pièce Une Légère Blessure de Laurent Mauvignier que met en scène Othello Vilgard problématise la question du secret de famille tenu par un seul, et non à plusieurs, comme le thème du film Festen (1998) du Danois Thomas Vinterberg,

La femme qui s’exprime et évolue sur scène, interprétée par Johanna Nizard, est forte et déterminée, presque parfaite comme une image, à tous égards.

Décidée et volontaire, elle gagne sa vie – plutôt beaucoup d’argent -, pleinement autonome et se suffisant à elle-même. Ayant aménagé un intérieur qui lui convient, le public peut apprécier cet espace privé car la maîtresse de maison s’apprête à recevoir pour un dîner festif, parents, frère, belle-sœur et leurs enfants.

Un rituel que la protagoniste, enchantée, s’apprête à jouer et à bien mener.

Légère, désinvolte, elle essaie plusieurs jolies robes et parures, déshabillant et rhabillant aisément un corps svelte et musclé qu’elle entretient en restant sportive – jogging et abdos – ; elle hésite quant à sa tenue pour la soirée, changeant d’apparence, instable et comme inquiète.

La narratrice en vient à s’expliquer plus clairement en s’adressant à une autre femme en même temps qu’au spectateur, une employée engagée pour faire la cuisine et qui est en pleins préparatifs, une étrangère certainement d’après les allusions de l’employeuse : « C’est comme ça dans ton pays ? ».

C’est que le monologue – le dialogue n’a jamais cours – est circonscrit rigoureusement de femme à femme : « Tu peux comprendre ça, hein ? »

La patronne fait allusion au défilé des hommes à ses côtés, auquel elle assiste comme de l’extérieur.

S’en débarrasse-t-elle ou bien sont-ce eux qui se lassent d’une compagne si vive ?

Elle va même jusqu’à se vanter – tel un mâle mal dégrossi – de ses performances sexuelles.

Toutefois, elle a pris conscience – elle le détaille à sa destinataire et au public – qu’un signe annonciateur, anodin au départ, est le repère qui fait régulièrement basculer la relation amoureuse dans une rupture irréversible : une trahison à peine perceptible dans l’intonation de la voix ou le pétillement plus ou moins joué d’un regard.

La déficience d’un détail mène toujours l’héroïne à choisir encore la solitude.

Johanna Nizard accapare l’espace de la scène et l’attention du spectateur dans la salle, dansant, faisant des exercices de gymnastique, s’arrêtant, s’autorisant une pause pour s’activer fébrilement, mettant la table, choisissant nappe et couverts.

Bouquet de roses jaunes et nappe noire, l’effet festif est réussi, et on se doute que la nappe et les fleurs changent de couleur, suivant la succession des soirées et les paroles choisies de l’interprète. Celle-ci est loquace et amusée, elle enchante le public, et il faudra attendre le dernier temps de la représentation pour prendre la mesure de la blessure qui a fait tant souffrir cette figure féminine en phase avec la dureté de nos temps, reléguée dans le secret odieux d’un mystère de petite fille.

Véronique Hotte

 Théâtre du Rond-Point, du 3 au 27 novembre. Théâtre de Garonne – Scène européenne/Toulouse (31), du 12 au 14 et du 26 au 28 janvier 2017. Théâtre de Lorient CDN (56), du 4 au 7 avril 2017. Théâtre du Bois de l’Aune/ Aix-en-Provence (13), les 27 et 28 avril.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s