La Résistible ascension d’Arturo Ui, mise en scène et scénographie de Dominique Pitoiset

Crédit photo : Myra 2016

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La Résistible ascension d’Arturo Ui, mise en scène et scénographie de Dominique Pitoiset

Le metteur en scène Dominique Pitoiset s’est penché sur le Brecht exilé qui continue son combat contre le fascisme avec ses armes de dramaturge engagé. Dès 1934, le futur directeur du Berliner Ensemble songe à une satire sur l’ascension de Hitler au pouvoir. Dans La Résistible Ascension d’Arturo Ui (1941) , le protagoniste est un assassin et un chef de bande auquel un comédien se voit contraint de donner des leçons de maintien pour qu’il puisse s’adresser au peuple en toute dignité et autorité.

Le projet du dramaturge allemand engagé contre la Bête qui sévit en ces sombres années consiste à « détruire » chez le spectateur qui est avant tout un citoyen et un homme de réflexion, « le respect habituel devant les grands tueurs« .

Grandiloquence, bagou, éloquence facile et brute, tous les moyens sont bons à l’homme qui veut conquérir le pouvoir contre les autres et les plus passifs : cynisme, mensonges et crimes déguisés en disparitions, la guerre à outrance de l’homme contre l’homme peut s’accomplir pleinement, une guerre que n’a cessé de dénoncer Brecht.

Travailler à distinguer les mécanismes qui œuvrent à mettre au faîte de la nation un nazi du nom de Hitler est le souci premier de l’homme de théâtre.

En son temps, dans les années 1940, comme dans les années 2016 pour le nôtre.

Si Ui représente Hitler hier, le personnage symbolise peut-être aujourd’hui untel ou untel immédiatement identifiable, et l’homme libre ne peut fermer les yeux sur les choix politiques contemporains car, comme l’écrivait de façon prémonitoire le dramaturge allemand, « le ventre est encore fécond d’où est sortie la bête immonde« .

Dominique Pitoiset n’y est pas allé par quatre chemins, donnant à Philippe Torreton, le rôle de l’infâme Ui, et l’acteur de prédilection du metteur en scène se plaît à jouer les monstres glacés et rentrés, exprimant de façon presque modérée et posée une volonté, une tension et un acharnement autoritaires, obstinés et irréversibles.

Rien ni personne ne peut peut faire obstacle à son passage en force de vainqueur, du fait des lâchetés des petits hommes alentour qui n’ont pas le courage de dire non.

Un immense écran diffuse, par intermittences, des œuvres lyriques, ainsi Nabucco de Verdi puis des scènes de violence parisienne des manifestants contre la police.

Sur le plateau, un espace lumineux et blanc, impersonnel au possible, un open space avec table immense pour conseil d’administration conséquent où des hommes en costume cravate prennent place régulièrement, selon les accointances du moment, les ralliements, les rapprochements ou bien les évictions et les relégations de certains – ceux qu’on pensait les plus puissants et qui se retrouvent rétrogradés à l’arrière du rang ou à la mort.  Au-dessus parlent dans le silence les écrans des bourses internationales, traduisant dans une précision vaine et pleine d’inanité le marché florissant de la finance. Au lointain, un mur  de tiroirs de funérarium …

Les comédiens sont sobres et efficaces, sûrs de leur prestation, évoluant autour de la table, dansant ou disparaissant, libres rarement, souvent assis ou contraints.

Rendons le salut qu’ils méritent aux comédiens Philippe Torreton, Daniel Martin, Pierre-Alain Chapuis, Thierry Caens, Gilles Fisseau, Adrien Cauchetier, Jean-François Lapalus, Martine Vandeville. Chacun est à la place de son rôle – agi et agissant.

Un spectacle décapant sur la brutalité que toutes les générations peuvent méditer.

Véronique Hotte

Les Gémeaux  – Scène nationale, du 10 au 27 novembre. Tél : 01 46 61 36 67

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