Nkenguegi, texte (Editions Les Solitaires intempestifs) et mise en scène de Dieudonné Niangouna – TGP – MC93 – Festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Samuel Rubio

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Nkenguegi, texte (Editions Les Solitaires intempestifs) et mise en scène de Dieudonné Niangouna – TGP – MC93 – Festival d’Automne à Paris

Qu’est-ce que les nkenguégui – titre théâtral de l’auteur Dieudonné Niangouna ?

« Les nkenguégi sont des plantes équatoriales aux longues feuilles coupantes. Au Congo, elles sont utilisées pour protéger les enclos des bêtes sauvages. Celui qui reste à l’intérieur de l’enclos est protégé, mais il est enfermé. Celui qui est à l’extérieur de l’enclos est en danger, mais il est libre. »

Nkenguegi de Dieudonné Niangouna, dernier texte littéraire et théâtral d’une trilogie initiée avec Le Socle des vertiges et Shéda, se fait aujourd’hui magnifique création scénique à travers la déclamation d’un verbe passionné, glissé avec verve et panache dans une fulgurance d’images et de reviviscences foisonnantes.

D’un côté, le grotesque de registre scatologique des chapelets d’injures réinventées et adressées aux puissants, et de l’autre, le tragique poétique aux envolées lyriques.

Or, la force suggestive des mots cinglants et âpres, à la fois gorgés de colère et d’immense amour pour la vie, enfin le bel épanouissement de la représentation, procède bien de l’évocation géopolitique du monde contemporain bousculé alentour.

Avec la mise en relief des sombres événements planétaires fatals en cours, largement visualisés et enregistrés par les médias – mouvements des populations fuyant les violences politiques, économiques et sociales, la misère ou la guerre.

Dieudonné Niangouna reprend à son compte la douleur âcre de ces réalités actuelles pour l’injecter, tel le nerf de la guerre de son théâtre existentiel, à travers une expression artistique qui est d’abord une façon d’échapper à la barbarie.

La langue caractéristique et frappée de l’auteur porte la parole de souffrance – qu’il fait sienne – de ceux qui subissent les agressions du chaos d’un monde violent.

L’écrivain metteur en scène et comédien se tient sur la scène, par intermittences flamboyantes, jouant le rôle au second degré du directeur de troupe – théâtre dans le théâtre – puisqu’il s’applique à accompagner une dizaine de comédiens dans une version contemporaine scénique du mythique Radeau de la Méduse de Géricault :

« Les vagues balaient la barque, un pauvre radeau de fortune. Je vois la fragilité de la vie, de toutes ces vies accroupies et mal en point, entassées comme des bêtes sur la barque. Mais où vont-ils ? Personne ne saura hormis le hasard. C’est quoi cette obsession qui leur fait braver les mers, les vagues, les tempêtes et la mort ? »

Le passé fait place à l’actualité criarde concernant les mouvements de migration venus non seulement d’Afrique, mais du Proche ou Moyen-Orient. La vie précieuse à sauvegarder tient lieu d’élan qui contre vents et marées, au sens dévastateur du terme, propulse les hommes loin de leur pays d’origine où règnent les misères.

Une exposition éloquente se tient en même temps que Nkenguegi au Théâtre Gérard-Philippe de Saint-Denis dirigé par Jean Bellorini : Habiter le campement de Fiona Meadow, des extraits de Par les villages de Peter Handke, des photos révélant nomades, voyageurs, conquérants, contestataires, infortunés, exilés…

Sur la scène, dix merveilleux interprètes sont embarqués sur la galère – quelques planches de bois tiennent lieu de radeau minuscule, tandis qu’un écran vidéo diffuse des images du Congo ; on y voit Dieudonné Niangouna sur le pont Djoué traînant avec maladresse un luminaire volumineux – métaphore du soleil perdu -, un commissariat avec de drôles de policiers qui se saisissent des femmes comme d’une marchandise à consommer ou à réduire à néant.

Les acteurs dansent, se meuvent dans la patience et la douceur d’une lente chorégraphie ordonnancée dans la grâce. Puis ils s’expriment plus violemment, en véritables hommes et femmes en colère. Les uns et les autres, déclamateurs, chanteurs, danseurs ou musiciens, accomplissent leur partition respective – un monologue sur le devant de scène – ou bien échangent en sachant composer dans le recul étudié et le consentement implicite avec la tyrannie du metteur en scène.

Au centre, seul, se tient l’homme – sorte de figure de passeur ou d’Ulysse jamais revenu de son épopée sur les mers -, il est debout le plus souvent ou parfois gisant, souffrant comme le Christ sur la croix, dont les plaies sont crûment filmées.

Hors des relégations et des exclusions qu’il a pu longuement surmonter, renaissant de sa mort, il aimerait pouvoir habiter son être enfin et simplement se sentir exister.

Un spectacle somptueusement engagé, à teneur profondément humaine et conviviale, entre méditation sur nos temps présents et illuminations festives.

Véronique Hotte

Théâtre Gérard Philippe – CDN de Saint-Denis, du 4 au 26 novembre. Tél : 01 48 13 70 00

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