Tordre, conception et chorégraphie de Rachid Ouramdane, avec Annie Hanauer et Lora Juodkaite – Festival d’Automne à Paris

Crédit photo : Patrick Imbert

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Tordre, conception et chorégraphie de Rachid Ouramdane, avec Annie Hanauer et Lora Juodkaite – Festival d’Automne à Paris

 Tordre revient à soumettre un membre ou une partie de son corps à une torsion, et du coup, à le déformer par torsion, en l’enroulant en hélice, en spirale, en torsade. L’hélice, généralement composée de pales perpendiculaires à un axe et qui tournent dans le même sens, peut aussi faire partie de la fabrication des anciens ventilateurs.

Étrangement, tournent précisément deux hélices pures et fines, à cour et à jardin, sur le plateau de Tordre, un spectacle de danse énigmatique et délicat conçu par Rachid Ouramdane, co-directeur du CCN2 – Centre chorégraphique national de Grenoble. Sur la scène – sol et murs blancs -, le public observe le principe du ventilateur, drôle d’accessoire, une ponctuation finale au décor révélateur du tournoiement des corps.

Et tourner sur soi, tournoyer, glisser sur la scène selon un même sens giratoire, patiemment puis plus régulièrement en accélérant peu à peu son élan jusqu’à la figure de la toupie – poupée mécanique qui échappe à tout manipulateur -, la danseuse contemporaine lituanienne Lora Juodkaite sait de quoi il en… retourne.

Elle se souvient de son enfance où elle éprouvait la nécessité de tourner sur elle-même, sentant son cœur battre trop fort, une habitude troublante dont l’interprète s’est emparée à travers l’accomplissement de son art, et que ressaisit à son tour le chorégraphe. Comme autrefois la sœur de la danseuse, le spectateur part en voyage, imaginant rivières, oiseaux et cygnes, amples paysages – un envol d’images qui voient le jour ou pas et se déploient dans le firmament des esprits rêveurs.

Lora Juodkate file sur le plateau de danse, tournant sur elle-même, parcourant l’ovale de la scène et tissant sa toile. La voilà arrêtée parfois subitement par sa partenaire à l’écoute, l’américaine Annie Hanauer qui étire son corps dans la grâce.

Annie Hanauer dispose d’un bras trop court prolongé par une prothèse ; elle n’en danse pas moins merveilleusement, déployant amplement ses bras et ses jambes, virevoltant dans une extraordinaire souplesse faite d’élégance et de légèreté, fendant l’air en étoile et donnant de soi les lignes les plus fluides et clairement dessinées, protégeant la derviche tourneuse de ses bras qu’elle enserre autour des épaules.

Quand Nina Simone chante Feelings en live, se moquant avec humour des paroles de la chanson, l’attention portée aux pas de la dame est extrême, scandant ses mouvements et sa gestuelle sur le rythme des paroles et de la musique.

Rachid Ouramdane a conçu le son de Tordre, low-tech, à partir de samples, jouant sur la suspension, l’étirement ou la précipitation, selon la partition chorégraphiée.

Si le spectacle donne à voir l’interprétation magnifique de deux belles artistes – la vérification de deux talents au pouvoir expressif – il invite aussi chacun à choisir existentiellement la dynamique ultime de la résistance et de la confiance en soi.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale (Théâtre de la Ville) – Festival d’Automne à Paris, du 3 au 10 novembre. Tél : 01 43 13 13 50

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