Gandhi – En guise d’autobiographie, textes choisis par Krishna Kripalani, traduits de l’anglais et annotés par Guy Vogelweith, Folio Sagesses, Gallimard.

Gandhi – En guise d’autobiographie, textes choisis par Krishna Kripalani, traduits de l’anglais et annotés par Guy Vogelweith, Folio Sagesses, Gallimard. (Texte extrait de Tous les hommes sont frères – Folio Essai n°130)
product_9782070783267_195x320-1

Mohandas Karamchand Gandhi (Porbandar, 1869 – Delhi, 1948), né dans une famille aisée, fit ses études à Ahmadabad puis à Londres, où il devint avocat. Il exerça d’abord à Bombay, puis en Afrique du Sud, où il se fit le défenseur des Indiens contre la politique d’apartheid (1893). De retour en Inde, il mena une vigoureuse campagne anti Britanniques : il prêcha le boycott des produits importés de Grande-Bretagne, demandant à chaque Indien de filer et tisser ses propres vêtements. Il fut plusieurs fois emprisonné pour « désobéissance civile ». Fervent avocat de la doctrine de l’ahimsa (non-violence active) et de l’égalité des droits entre les hommes, il réclama la réhabilitation des intouchables. Son influence politique fut très grande sur le parti du Congrès. Emprisonné pendant la guerre (1942-2944), il participa néanmoins aux négociations pour l’indépendance de l’Inde (15 août 1947). Il fut assassiné le 30 janvier 1948. Il lui revient le titre de Mahatma (« grande âme »).

 Dans son avant-propos, S. Radhakrishnan cite les propos inaltérables de Gandhi :

« Je n’ai connu aucune distinction entre parents et inconnus, entre compatriotes et étrangers, entre Blancs et hommes de couleur, entre hindous et Indiens appartenant à d’autres confessions, qu’ils soient musulmans, parsis, chrétiens ou juifs. Je peux dire que mon cœur a été incapable de faire de telles distinctions. »

Et de continuer de manière prémonitoire pour nos temps immédiatement actuels :

« La non-violence est la loi de notre espèce, comme la violence est la loi de la brute. L’esprit somnole chez la brute qui ne connaît pour toute loi que celle de la force physique ». La dignité exige d’obéir à la loi supérieure de la simple force de l’esprit.

La vision que Gandhi s’efforce d’atteindre répond au mot de moshka – l’accomplissement de soi, et la vision de Dieu face à face. Le Sage se propose de relater ses expériences qui concernent la vie spirituelle, ou plutôt la morale – l’essence de la religion. Le mot « religion » est à appréhender comme connaissance de soi et épanouissement intérieur à travers une éthique de la vérité.

Aux yeux de Gandhi, la femme incarne l’abnégation ; l’épouse n’est pas l’esclave du mari mais une compagne et une collaboratrice appelée à partager ses joies et ses peines tout en restant aussi libre que lui pour choisir sa propre voie.

En Afrique du Sud, Gandhi fait l’expérience du préjugé racial de la couleur de peau que subissent, entres autres communautés, les Indiens – hommes de couleur.

De même, les différences sociales ne cessent d’interpeler l’avocat en exercice à Pretoria ; il défend – un exemple parmi d’autres – un Tamoul brutalisé par son maître européen : « Mon souhait le plus cher était de servir les pauvres. Or, j’ai toujours été amené à vivre parmi eux au point de m’identifier à leur cause… Je n’ai jamais pu comprendre comment on pouvait se sentir honoré de voir ses semblables humiliés. »

Une fois pris dans le tourbillon de la politique, Gandhi s’est demandé ce qu’il fallait faire pour rester intègre et fidèle à la vérité, et résister aux tentations qu’entraîne la recherche du succès. La réponse est évidente pour ce témoin exceptionnel qui partage la vie des êtres en souffrance : renoncer à la richesse et se défaire de la possession. On ne garde pour soi que les objets qui ne manquent pas aux autres.

Gandhi avoue sa crédulité – croire naïvement que le préjugé racial qui existait en Afrique du Sud était contraire aux traditions britanniques ; il avoue ainsi que s’il se sent plus libre désormais, c’est qu’il a renoncé au clinquant de cette « civilisation ».

Même si les circonstances de la vie l’ont mis en rapport avec des gens de croyances diverses et venant de différentes communautés, Gandhi n’a jamais fait de distinction entre les hommes, « qu’il s’agisse de leur degré de parenté, de leur nationalité, de leur couleur ou de leur religion…» Le cœur se refuse à ce genre de discriminations.

Les lectures de Ruskin, Romain Rolland ou Tolstoï ont participé à son apprentissage.

Hors de la vérité et de la non-violence, nulle issue possible, la guerre est un crime :

« Lorsque j’ai appris que la ville de Hiroshima avait été anéantie par une bombe atomique, je ne laissai paraître aucune émotion. Je me dis tout simplement : l’humanité court à son suicide si le monde n’adopte pas la non-violence. »

Si on devait l’abattre d’une balle – raconte Gandhi, dans la nuit du 29 janvier 1948, moins de vingt-quatre heures avant le coup de feu qui devait mettre fin à ses jours -, il veut être capable d’y faire face sans broncher tout en consacrant son dernier soupir au nom du Créateur, prétendant ainsi n’avoir pas été vainement un homme de Dieu.

Et si Gandhi renaissait – ce qu’il ne veut pas -, il rejoindrait les intouchables pour partager leurs chagrins et leurs humiliations : «de cette manière l’occasion me serait peut-être donnée de les libérer, eux et moi, de cette misérable condition», dit-il.

L’écoute de cette parole apaisante fait d’autant résonner la violence de nos temps.

Véronique Hotte

Gandhi – En guise d’autobiographie, textes choisis par Krishna Kripalani, traduits de l’anglais et annotés par Guy Vogelweith, Folio Sagesses, Gallimard, 3.50 €

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s