Mon Fric de David Lescot, mise en scène de Cécile Backès

Crédit photo : Thomas Faverjon

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Mon Fric de David Lescot, mise en scène de Cécile Backès

Mon Fric, pièce de l’auteur de théâtre David Lescot, que met en scène avec beaucoup d’allant et d’à-propos Cécile Backès, directrice de la Comédie de Béthune, CDN Nord – Pas de Calais – Picardie, déplie sur le plateau ludique de scène, telle une fresque historique horizontale, haletante et mouvementée, le récit de de la vie quotidienne de « Moi » qu’incarne avec brio et contrôle le comédien Maxime Le Gall.

Une existence masculine d’aujourd’hui, de la naissance en 1971 à la mort en 2036, racontée à travers la préoccupation facétieuse et obsessionnelle de l’argent.

La fiction revêt des allures d’identification autobiographique, entre approximation et correspondance, en retrouvant l’attention à la littérature propre à David Lescot et cette relation familiale nouée avec le théâtre, tel le frère et acteur Micha Lescot.

Une scène de combat physique chorégraphié réunit les deux frères rivaux. On sourit des clins d’œil à la biographie de l’auteur et à la part libre d’invention créative.

Et la cadence rythmique du jeu s’impose quand le narrateur alterne les dialogues des situations scéniques avec le récit des ellipses temporelles.

Les scènes se jouent d’un intérieur quotidien à l’autre, de l’appartement de la mère à celui du père, à l’extérieur au cirque ou dans le bureau du directeur de la boîte à bac, ou dans un restaurant du XVI é arrondissement parisien, ou encore dans la rue…

Se succèdent dans le cœur du protagoniste trois femmes pittoresques ; la première est la mère de son enfant, la seconde est attirée par le luxe et le cabaret russe et la dernière par l’éthique rousseauiste de la décroissance.

Au montage d’une vie en accéléré s’immiscent des repères historiques – la chute du Mur de Berlin en 1989, la chute des Twin Towers en 2001, l’attentat de Charlie Hebdo en 2015…, des périodes éloquentes choisies par Cécile Backès.

L’argent suscite affectivement l’amour et la haine et moralement l’estime et le mépris.

L’acquérir implique une activité conflictuelle qui n’est rien moins qu’une lutte pour la vie : gagner, perdre, acheter, vendre, prêter, emprunter, voler, gérer, dilapider.

Avec bel esprit moqueur et ironie, le personnage de Mon Fric est provocateur : il fait durablement des colles dans une institution privée pour mieux asseoir son budget, et enfant déjà il jongle entre sa mère et son père divorcés pour obtenir quelques subsides, à la fois et de l’un et de l’autre. Le père dit ainsi à son fils : «  C’est bon, hein, mon fils, de dépenser son argent. » Quant à sa fille qui bien plus tard dans le temps vient lui faire sa requête financière, elle sait à son tour s’amuser des flux de la tendresse paternelle : « Bon tu m’en donnes ou tu m’en donnes pas ? »

La mise en scène dynamique s’annonce pimpante et trépidante, dévidant son fil dramaturgique d’une manière fluide et limpide, accordant au texte choral la part vivante qui revient aux cinq comédiens malicieux pour cinquante-et-un personnages.

Silhouettes légères ou bien dansantes, les acteurs apparaissent et disparaissent.

Pauline Jambet, Simon Pineau, Pierre-Louis Jozan et Noémie Rosenblatt. entrent et sortent, se dévêtent et se revêtent pour illustrer la galerie des portraits qu’ils incarnent, dans une sorte de présence intense propre à la jeunesse et à sa fébrilité, tournant activement autour de « Moi » qui reste vaillamment lui-même et loquace.

La scénographie de Raymond Sarti laisse entrevoir l’espace vaste et le volume élevé d’un vestiaire immense aux penderies de housses transparentes qui recèlent les vêtures des rôles successifs que l’être endosse tout au long de sa vie sinueuse.

Pour cadre domestique de proximité, sont installées, à l’entour de la scène, des tables en formica avec leurs tabourets rangés au-dessous et leurs tiroirs au fouillis mystérieux, espaces de travail et pianos de percussions d’une jolie cuisine sonore.

Un spectacle vivant de petite musique enjouée et tonique qui salue bien bas la vie.

Véronique Hotte

Comédie de Béthune, CDN Nord- Pas de Calais – Picardie, du 11 au 14 octobre, reprise du 28 mars au 1er avril 2017

Théâtre National de Nice, du 30 novembre au 2 décembre

Théâtre Dijon-Bourgogne, CDN, du 6 au 9 décembre

Comédie de Saint-Etienne, CDN, du 11 au 13 janvier 2017

La Criée – Théâtre National de Marseille, du 2 au 4 mars 2017

Théâtre de Sartrouville et des Yvelines, CDN, du 22 au 24 mars 2017

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