Voyage à Tokyo, d’après le film Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu, d’après le scénario de Yasujiro Ozu et Kogo Noda, adaptation et mise en scène de Dorian Rossel

Crédit photo : Carole Parodi

ccaroleparodi_hd-5989.jpg

Voyage à Tokyo, d’après le film Voyage à Tokyo de Yasujiro Ozu, d’après le scénario de Yasujiro Ozu et Kogo Noda, adaptation et mise en scène de Dorian Rossel

 Voyage à Tokyo, comédie sociale de Yasujiro Ozu, est le film qui a fait connaître en Occident l’œuvre du cinéaste japonais. S’y déploient ses leitmotiv d’après la Seconde Guerre mondiale – la mémoire de la défaite impériale, la mutation du pays, le délitement familial et l’éloignement des générations, la solitude et la vieillesse.

Mutation, métamorphose, bouleversement des codes, éclatement de la cellule familiale originelle, le contraste est criant entre les vêtements traditionnels d’intérieur et les vêtements occidentaux de la vie professionnelle. De même, le quotidien à la campagne d’une bourgade diffère de l’activité trépidante des rues de Tokyo : les parents qui se rendent dans la grande cité nipponne pour rendre visite à leurs enfants éprouvent l’indifférence, l’anonymat et le peu de contacts entre les êtres.

Le metteur en scène suisse Dorian Rossel s’applique à transposer en une représentation sonore et visuelle les aventures existentielles que traverse le couple.

La scénographie de Manon Fantini, Clémence Kazémi et Sybille Kössler est délicatement japonisante avec, repliés et suspendus sur des fils au-dessus de la scène, des lais variés de couleur claire unie ou bien des imprimés aux tons pastel, signes de l’habitat exotique. Les enfants et petits-enfants ont réussi socialement, ils sont habillés à l’occidentale, costumes masculins, robes fleuries pour les femmes.

Salutations, politesses, considérations météorologiques et sanitaires, réunions de famille, beuveries entre hommes, la vie va et s’échappe par-delà les malentendus.

Les rôles vont et viennent de façon fluide ; tel acteur masculin joue avec un tablier de ménagère la femme au foyer ; les comédiens endossent des rôles multiples.

Les enfants sont représentés par des vignettes colorées de bandes dessinées, que porte tel comédien en salopette qui déclame fortement les réponses enfantines.

De belles inventions, quand la belle-fille dont le mari est mort à la guerre, accueille ses beaux-parents dans son appartement, une valise éclairée et retournée laisse apparaître en miniature le foyer vivant de l’employée active d’une entreprise.

Celle-ci, plus sensible que ses beaux-frères et belles-sœurs, est attentive à la présence du couple âgé à ses côtés, et comme souvent dans les représentations orientales, les vivants et les morts se côtoient les uns les autres : le fils parti à la guerre et tué au front rejoint silencieusement et visiblement les siens dans le salon.

Sur le plateau, les paravents glissent, vont et viennent dans une transparence sourde de beaucoup de précaution. Derrière une paroi polie, les musiciens Axel Muller Ramirez et Immanuel de Souza diffusent une musique live électro.

Les grands-parents restent à l’écoute des choses de la vie : le temps qu’il fait, le bruit des vagues se fracassant sur les rochers quand ils sont en villégiature balnéaire.

L’acteur japonais Yoshi Oïda joue avec talent le vieil homme réservé à l’aspect fragile, au comportement décalé, et son épouse sensible goûte à tous les instants.

Un spectacle en nuances qui révèle les ratés du temps inexorable qui s’enfuit.

Avec aussi Rodolphe Dekowski, Xavier Fernandez-Cavada, Delphine Lanza, Fiona Sanmartin et Élodie Weber.

Véronique Hotte

MAC- Créteil Maison des Arts, du 12 au 15 octobre. Tél : 01 45 13 19 19

Théâtre Paris-Villette, du 5 au 19 novembre

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s