La Mort de Danton de Georg Büchner, traduction de Arthur Adamov, mise en scène de François Orsoni

Crédit photo : Victor Tonelli

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La Mort de Danton de Georg Büchner, traduction de Arthur Adamov, mise en scène de François Orsoni

La Mort de Danton (1835) de Büchner fait résonner pour le public contemporain un moment politique intense – un temps historique à valeur symbolique inépuisable : les événements se précipitent dans le désordre sans que nul, tant il est désenchanté, ne puisse jamais se raccrocher à une méditation existentielle optimiste et régénératrice.

Le moteur de la pièce du jeune Büchner, comme l’imaginaire révolutionnaire historique, concerne les divergences politiques et révolutionnaires des grands tribuns antagonistes que sont Danton et Robespierre – le premier portant haut la défense du peuple jusqu’à ce qu’il verse négligemment dans la corruption et le second se réclamant d’une vertu obsessionnelle jusqu’à ce qu’il choisisse la Terreur sanglante.

Nulle visée progressiste de l’Histoire, rien qui ne puisse servir de matériau pour la foi dans l’avènement d’une société plus juste et plus libre. Ni Danton ni Robespierre ne semblent dominer les événements mais semblent fléchir sous le poids de la fatalité.

En 1794, les dirigeants révolutionnaires sont pris dans l’engrenage de la Terreur, incapables de répondre aux aspirations populaires, ils versent dans l’extrémisme.

La Mort de Danton s’attache pourtant à des considérations sur la vie et la mort – la réalité de l’homme et de la femme, l’épicurisme et l’ascèse, la foi et l’athéisme…

Vitalité, ivresse et violence du peuple d’un côté, doutes et incertitudes du côté des révolutionnaires actifs, Jean-Louis Besson – connaisseur de l’œuvre de Büchner -écrit : « En autopsiant la Révolution, Büchner découvre l’individu sans fard et sans masque, l’être humain à vif, la créature dans la complexité de son existence. »

Sont ainsi évoqués tant les gens ordinaires – petit peuple de travailleurs et prostituées – que les silhouettes politiques du temps : Marion – l’amante de Danton – raconte son destin de fille de joie, différent de toute vie conventionnelle avec son travail de six jours de la semaine et son divertissement pour le dimanche. Quant à Marion, elle n’est qu’« un désir et une étreinte ininterrompus, un brasier, un fleuve. »

La confrontation du public en bi-frontal face à la longue table de bois dans la mise en scène de François Orsoni fait penser au travail de Sylvain Creuzevault dans Notre Terreur, si ce n’est la différence de qualité de jeu collectif et bien vivant pour celui-ci.

Certes, la table est belle – vanités, crânes polis, restes d’apparat sur le bois verni de la table sur laquelle sont posés de sobres et beaux luminaires – et les perruques de Cécile Larue revêtent l’allure de pièces de collection admirables – mention pour la perruque blanche et lumineuse de Danton, longue, extravagante et sensuelle, et dignité délicate pour celle de Robespierre qui par ailleurs fraie avec des postiches subtils de ville. Les comédiens de-ci de-là portent cérémonieusement ou enlèvent leur chevelure de dignitaire, dans une mise en abyme du théâtre dans le théâtre.

Mais l’âme de la Révolution emportée par le cours tragique des événements semble avoir entraîné avec elle la conviction fougueuse des rôles des Révolutionnaires. Ne semblent rester que des effigies ou bien des allégories abstraites qui auraient perdu leur humanité, comme désinvestis de leur foi, leur feu et leur emportement, ne laissant plus courir qu’un désabusement lassé face à la violence insurmontable.

Accent québécois, chansons à la guitare, proximité avec le public de divertissements populaires, déguisements successifs pour les rôles divers de femme décalée, l’emportement révolutionnaire s’envole, faute de maîtrise déclamatoire profonde.

Avec des comédiens de talent, Brice Borg, Jean-Louis Coulloc’h, Mathieu Genet, Yannik Landrein et Jenna Thiam pour les rôles de femme.

Véronique Hotte

MC93 – Salle Pablo Picasso, 31 avenue du Président Salvador Allende à Bobigny,

Du 10 au 23 octobre. Tél : 01 41 60 72 72

 

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