Rencontre avec un homme hideux d’après une nouvelle de David Foster Wallace, adaptée pour la scène par Rodolphe Congé, Joris Lacoste, Julie Etienne, proposition et jeu Rodolphe Congé – Festival d’Automne à Paris.

Crédit photo : Laura Bazalgette

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Rencontre avec un homme hideux d’après une nouvelle de David Foster Wallace, adaptée pour la scène par Rodolphe Congé, Joris Lacoste, Julie Etienne, d’après la traduction de Julie et Jean-René Étienne, proposition et jeu Rodolphe Congé – Festival d’Automne à Paris.

Rencontre avec un homme hideux adapté pour la scène et interprété par le comédien Rodolphe Congé s’inspire de l’une des nouvelles du recueil de David Foster Wallace, Brefs entretiens avec des hommes hideux (éd. Au diable vauvert).

Est hideux toute laideur repoussante, toute impression désagréable de dégoût ou de peur. Or, l’abjection morale d’un monde de bassesse et d’hommes irresponsables, tel est le propos de l‘œuvre fugace de David Foster Wallace qui ne cesse de fustiger avec regard moqueur et ironique la monstruosité sourde de la condition humaine.

La nouvelle intitulée Rencontre avec un homme hideux propose une mise en abyme somptueuse des pouvoirs multiples et scintillants de l’art de la narration incarné sur le plateau scénique par les talents d’un bel acteur singulier – Rodolphe Congé.

Soit le récit horrible de l’expérience féminine d’une agression sexuelle, inséré dans un premier récit masculin d’une aventure « amoureuse » plutôt désinvolte, un récit initialement enchâssé dans le récit cadre d’un entretien dont le public ne discerne pas l’intervieweur mais le seul interviewé et narrateur rayonnant – le protagoniste.

Le jeu scénique et littéraire consiste à passer alternativement d’un récit à l’autre, de la jeune fille que le garçon narrateur a séduite lors d’un festival de musique et dont il décrit avec condescendance les codes rebattus et mièvres d’une « beatnik new age » ou hippy attardée, vêtue d’un poncho sud-américain, se nourrissant de bio – fibres et céréales -, pratiquant une méditation altière, prônant le partage et l’écoute.

« Elle a tout misé sur la conviction à priori ridicule que la connexion, la générosité et la compassion sont des composantes de l’âme humaine plus cruciales et primaires que la psychose et le mal. »

Le séducteur – prédateur et sexiste quoiqu’il en dise – est sûr de lui, manifestant un regard haut et distant sur un monde médiocre représenté par les jeunes gens – des générations sur lesquelles il déverse une dépréciation cinglante, un mépris arrogant.

Cette assurance apparente n’en exige pas moins l’estime de l’auditeur, quand le discoureur justifie son point de vue, nuance ses propos et devance les réactions :

« Je ne vous ferais pas l’insulte de m’assurer que vous comprenez de quoi je parle quand j’évoque la difficulté de réprimer l’impatience, voire le mépris que l’on… l’hypocrisie, l’auto contradiction décomplexée, comment dès le départ vous savez qu’il faudra essuyer l’enthousiasme de rigueur pour la forêt amazonienne, la chouette tachetée, la méditation créative, la psychologie de complaisance, la macrobiotique, la défiance fanatique manifestée à l’égard de toute autorité identifiée comme telle… »

Ce qui est honni, le narcissisme profond, l’autosatisfaction et le conformisme de ces anticonformistes occupés d’abord d’eux-mêmes, « des gosses de riches en jean déchiré qui n’ont pas eu l’obligation de financer leurs années de thèse en travaillant ».

Sous prétexte de ne pas se laisser piéger par les valeurs de l’Amérique moyenne, ces « pacifistes » sont certains d’être différents, ce qui les rend semblables.

La joute narrative passe alors de plus en plus insidieusement au récit sur le violeur.

Grâce à son application mentale – concentration et foi en l’amour -, sa puissance méditative, la belle étudiante a réussi à renverser le rapport de force avec le violeur, « les yeux calmement plantés dans les siens ». L’expérience intérieure est mystique à travers états d’extase, ravissement et émotion, dans une clarté cosmique de la vie.

Cette expérience paroxystique de l’existence menée jusqu’à l’absurde intrigue la suffisance du narrateur qui avoue verser dans la tristesse de se savoir vain.

Le séducteur solitaire reconsidère sa vision du monde à travers la vaillance féminine.

Un moment ludique de théâtre littéraire, une partition entre suspens et effroi, à travers un jeu musical de va-et-vient entre le locuteur et l’auditeur mutique, entre le premier et la jeune fille, entre celle-ci et son violeur, entre la tension ménagée de temps de silence face à l’admiration incertaine du public pour un être énigmatique dont on ne perce pas le mystère ; peut-être se réapproprie-t-il la psychose du violeur.

 Véronique Hotte

Théâtre de la Cité internationale – Festival d’Automne à Paris, du 3 au 18 octobre 2016. Tél : 01 43 13 50 60/ 01 53 45 17 17

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