Faust I & II d’après Goethe, adaptation Jutta Ferbers, mise en scène, décor et conception des lumières Robert Wilson, musique et chanson Herbert Grönemeyer

Crédit photo : Lucie Jansch

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Faust I & II d’après Goethe, adaptation Jutta Ferbers, mise en scène, décor et conception des lumières Robert Wilson, musique et chanson Herbert Grönemeyer

 Dans le cadre de la célébration de l’alliance fraternelle entre le Berliner Ensemble et le Théâtre de la Ville, le spectacle Faust I & II de Goethe, mis en scène par Robert Wilson, se donne hors-les-murs sur la scène du Châtelet en ce début d’automne.

Robert Wilson a longtemps tourné autour du Faust sans jamais affronter l’original de Goethe, passant d’abord par Doctor Faustus d’après Thomas Mann, The Black Rider de Tom Waits, Doctor Faustus lights the lights de Gertrud Stein, et Faust de Gounod.

Aujourd’hui, le monument est conquis, le monstre goethéen est revisité par Bob Wilson, Jutta Ferbers et Herbert Grönemeyer qui ont réduit le spectacle initial de vingt-et-une heures – éprouvé par Peter Stein – à quelques quatre heures seulement.

Michel Bataillon note que ne compte plus le drame social de la fille séduite ni la rédemption de l’infanticide, pas plus que les spéculations métaphysiques, ni même le trajet épique d’un surhomme quittant le Moyen Âge pour l’ère industrielle.

Ainsi, sous les lumières de Bob Wilson, s’accomplit dans la fête et les éclats le récit d’un Faust quadruple, puis singulier, étrangement scindé en sa moitié diabolique.

Comédie musicale, opéra bouffe, opéra pop, opéra rock adouci, l’œuvre populaire se fait bal satanique, à la fois trivial et raffiné, mené par le luciférien Christopher Neill, malicieux Méphisto qui entraîne dans l’univers du Mal ce Faust métamorphosé en un autre lui-même : ils sont plusieurs à jouer Faust dans la première partie, puis un seul, Fabian Stromberger dans la seconde partie. Rendez-vous wilsonien avec une bouffonnerie élégante, une farce grandiose, une satire plaisante, un jeu ironique.

Christopher Neill est un esprit volatil et troublant, Ariel turbulent échappé de Shakespeare, s’amusant et prenant un plaisir sincère à jouer le clown et le Malin.

Artifices lumineux et sonores – bruits amplifiés des portes métalliques qui se ferment brutalement, farces et attrapes de cascadeurs bien-nés qui grimpent dans les cintres, comme suspendus dans un vide que serait l’air d’un aérium, les images wilsoniennes égrainent le défilé précieux de silhouettes vivantes et soignées, un théâtre d’ombres.

Silhouettes élégantes et criardes caricaturales – maquillages expressionnistes, teint blafard et blanc de la mort, bouche rouge ouverte esquissant un cri à la Munch, bras levés ensemble comme les figures féminines ou impériales des vases anciens : ainsi parle le langage singulier de l’artiste, la griffe wilsonienne éblouissante.

Tenues moirées et scintillantes en général, avec le noir en toile de fond et le rouge vif pour le seul Méphisto – blessure incarnat de l’enfer et du théâtre -, cheveux roux.

La danse macabre compose des formes mouvantes géométriques et des tableaux ciselés à l’intérieur desquels les interprètes courent, volent et virevoltent à n’en plus finir. S’ajoute le film vidéo des images au ralenti de troupeaux de fauve au galop.

La vie est une fête, une cérémonie tragi-comique où dansent les mauvais génies : empereur au bicorne, roi blanc couronné ou drôle d’évêque mauve équivoque.

Le spectacle tourne les pages d’un bel album enfantin aux images cyniques et percutantes, tournant la tête des lecteurs d’existence – les spectateurs éblouis.

Véronique Hotte

Théâtre du Châtelet – avec le Théâtre de la Ville, Faust I & II, du 23 au 29 septembre. Tél : 01 42 74 22 77

Théâtre des Champs-Élysées – avec le Théâtre de la Ville – L’Opéra de quat’sous, du 25 au 31 octobre.

L’Espace Pierre Cardin – Théâtre de la Ville, Letter to a Man, 15 décembre au 21 janvier

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