Réparer les vivants d’après le roman de Maylis de Kerangal, adaptation, interprétation et mise en scène de Emmanuel Noblet

Crédit photo : Giovanni Cittadini Cesi

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Réparer les vivants d’après le roman de Maylis de Kerangal, adaptation, interprétation et mise en scène de Emmanuel Noblet

Emmanuel Noblet, silhouette juvénile élancée, investit le plateau, couché à plat ventre sur sa planche familière de surf qu’il tient bien en main d’un toucher vif et précis, basculant d’avant en arrière, simulant l’effort, serrant les poings sur les extrémités du socle, avant de se relever, stature verticale en équilibre, jambes écartées, figure de proue qui brise les flots rapides : Simon signe sa session de surf.

En fond de scène, la vidéo d’Arno Veyrat laisse filer sur l’écran une bande verticale lumineuse qui troue la nuit d’hiver de tous les reflets scintillants des vagues marines.

Image qui se confond ensuite avec l’exploration projetée d’un cerveau et d’un cœur.

Entre les scènes jouées et racontées par le comédien aux mille tours, des voix off – féminines ou masculines habitées par la gravité tragique de la situation – prennent en charge la narration et assurent les transitions, permettant à l’acteur de revêtir, par exemple, une blouse blanche ouverte, celle de Pierre Révol, médecin urgentiste à l’Hôpital du Havre qui accueille dans son service l’adolescent de 17 ans – Simon le surfeur -, victime d’un accident fatal de la route au retour de sa virée nocturne.

Prévenir les parents, Marianne et Sean, et les recevoir – deux chaises vides suffisent à évoquer leur présence tendue – pour leur expliquer que leur enfant est en état de mort cérébrale. L’acteur pudique incarne à sa façon la douleur parentale qu’il laisse deviner, une souffrance à la fois diffuse et frontale, insoutenable, et terrassant l’être : il existe un avant et un après la catastrophe, le couperet d’une Histoire personnelle.

Emmanuel Noblet joue tous les personnages, ainsi l’infirmier-coordinateur des prélèvements, Thomas Rémige, qui patiemment mène le père et la mère vers le consentement au don d’organes, les assurant de sa présence lors des prélèvements.

L’interprète donne vie au chirurgien Virgilio Breva, qui prend possession du cœur de Simon pour le « donner » au sens fort à Claire Méjean en attente de greffe.

Lunettes de soleil de tombeur et fier de ses prouesses techniques et médicales, malgré des origines sociales modestes face à la dynastie rayonnante des Harfang.

C’est une course contre la montre qui s’organise sur le plateau, bruits aériens des déplacements de La Salpêtrière jusqu’au Havre – aller et retour – ; intervention chirurgicale à vue toujours avec deux simples chaises recouvertes d’un drap vert : la table d’opération laisse apparaître au milieu la forme enfantine d’un cœur découpé.

La prestation scénique d’Emmanuel Noblet est virevoltante – disparitions et apparitions du comédien en figures disparates et reconnaissables. L’acteur se coule dans l’instant présent – ces heures qui sonnent la fin d’une vie qu’il faut à tout prix rattraper au vol et dont on se ressaisit finalement à travers un chœur d’intervenants.

L’artiste incarne le poids de vie dont chacun est porteur, diffusant l’énergie d’être dans l’efficacité et la beauté, autorisée par l’écriture économe de Maylis de Kerangal.

La tension est grande du côté du public, pris d’émotions, de peurs, d’espoirs et du sentiment fort et tenace de la vie qui va en dépit de tout. Un pan d’existence sentie.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, du 7 septembre au 9 octobre à 21 h. Tél : 01 44 95 98 21

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