Le Silence de Molière – Conversation imaginaire avec la fille de Molière – de Giovanni Macchia, mise en scène de Marc Paquien

Crédit photo : Pascal Victor

LE SILENCE DE MOLIERE (Marc PAQUIEN)

LE SILENCE DE MOLIERE de Giovanni Macchia, mise en scene Marc Paquien au Theatre Liberte a partir du 10 mars 2015, puis en tournee 2015 et 2016. Avec Ariane Ascaride, Loic Mobihan Et la voix de Michel Bouquet. (photo by Pascal Victor/ArtComArt)

Le Silence de Molière – Conversation imaginaire avec la fille de Molière –  de Giovanni Macchia, mise en scène de Marc Paquien

 Giovanni Macchia (1912-2001), auteur et critique littéraire, avoue avoir toujours été « frappé » par le profond silence autour de la personne d’Esprit-Madeleine Poquelin, fille de Molière, née du mariage de l’auteur-acteur avec l’actrice Armande Béjart.

La fille de l’homme de théâtre – le maître de la comédie classique française – n’a paradoxalement pas fréquenté en comédienne les planches des scènes de théâtre.

C’est à elle cependant que le rôle de la petite Louison était paternellement dévolu dans Le Malade imaginaire. Obstinée, têtue, bien qu’enfant de la balle, la fillette s’est refusée à l’art de la scène. La souffrance est peut-être trop lourde quand elle prend connaissance du libelle infamant qui circule peu après la mort du comédien, Les Intrigues de Molière et celles de sa femme ou la Fameuse Comédienne, insinuant des relations incestueuses entre le dramaturge et la fille – et non la sœur – de Madeleine Béjart, la première compagne de Poquelin dans sa jeunesse.

C’est cette constance dans le refus artistique qui trouble l’auteur du Silence de Molière, un sentiment repris à son tour par la clarté et la sensibilité de la mise en scène de Marc Paquien. Le concepteur du spectacle propose le rôle à Ariane Ascaride tandis que le récit introducteur, avant l’entretien imaginaire entre un jeune admirateur de Molière et Esprit-Madeleine, est confié à la voix de Michel Bouquet.

Surgit çà et là la profondeur des remarques de Jacques Copeau sur la langue classique (Registres II) : bien écouter est nécessaire à la compréhension de la langue de Molière, « savoir écouter, c’est le commencement d’être sincère. »

Le jeu qui se produit sur la scène se présente aussi comme des plus sincères : Ariane Ascaride incarne avec majesté et belle rigueur la pudique Esprit-Madeleine, silhouette soutenue par l’éclat blanc du costume de scène de Claire Risterucci et la coiffure de Cécile Kretschmar, les atours nuancés d’une conscience aigue.

On pourrait croire à une figure vivante qui serait descendue d’un tableau du passé, d’autant que le décor de Gérard Didier apparaît quant à lui, comme plutôt très soigné, fidèle à l’art de l’ovale privilégié au dix-huitième siècle, à l’intérieur duquel le profil de la comédienne se glisse avec adresse et justesse, entre ombres et lumières.

Plus loin dans le fond de scène, et derrière le premier écran qu’est l’ovale des portraits, le spectateur distingue une fenêtre rectangulaire à quatre carreaux – la maison de Saint-Thomas du Louvre, demeure de la famille avant qu’elle ne rejoigne la Rue Richelieu, contre le goût filial attaché à une mémoire affective des lieux.

Esprit-Madeleine se repose aussi à Auteuil, affectée par la disparition de « sa tante » Madeleine avant celle de son père.

Entretemps, les souvenirs et les thèmes obsessionnels s’égrainent : la gloire trop aisément acquise par Racine, « l’ennemi » de Molière qui, en échange, s’use au dur travail de comédien sur le plateau. Esprit-Madeleine évoque encore l’acteur Baron, plus âgé et qui a grandi chez Molière, un acteur de grande envergure qui a trahi son tuteur à sa mort pour lui préférer l’Hôtel de Bourgogne et les tragédies de Racine.

L’interlocuteur – intervieweur – interprété par Loïc Mobihan joue l’écoute à merveille, empêché de s’exprimer, recevant une leçon existentielle vive de la part de la dame.

Un morceau d’histoire du théâtre – un morceau de théâtre enfin – dans l’attention à la parole contée, aux sentiments paradoxaux éprouvés – amour et haine de la scène -, au respect enfin d’une figure patiente qui ne s’étend pas sur les médisances frivoles.

Véronique Hotte

Théâtre de la Tempête – Cartoucherie, du 16 septembre au 16 octobre. Tél : 01 43 28 36 36

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