L’Interlope (cabaret), conception et mise en scène Serge Bagdassarian, musiques originales, direction musicale et arrangements Benoît Urbain

Crédit Photo : Brigitte Enguérand coll. Comédie-Française

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L’Interlope (cabaret), conception et mise en scène Serge Bagdassarian, musiques originales, direction musicale et arrangements Benoît Urbain

 Le mot ambigu d’« Interlope », au début du XX é siècle, définit ce qui est équivoque, soit une honnêteté ou une honorabilité douteuse, évoquant un bal de la Butte Montmartre. Le terme désigne en conséquence les boîtes de nuit ou les chansons liées à l’homosexualité, à l’époque une réalité des plus clandestines et cachées.

Répertoire de chansons interlopes, souvenir des cabarets « sauvages » de l’entre-deux guerres quand les hommes deviennent femmes, et les femmes hommes, avec une liberté d’être soi d’autant plus intense qu’elle n’est pas tolérée à l’extérieur.

Éric Ruf, l’Administrateur de la Comédie-Française, à l’origine du projet, estime qu’ au théâtre, le déguisement et le travestissement – le costume de scène – aident à vivre mieux dans le corps d’un autre, à le vivre autrement et de manière approfondie.

Les chansons de ce répertoire explorées par le concepteur de L’Interlope (cabaret), le comédien et chanteur chevronné Serge Bagdassarian, traduisent d’un côté l’oppression, en reconnaissant, de l’autre, la liberté du cabaret transformiste.

La loge des artistes transformistes comme celle des artistes comédiens est identique, lieu de passage où chacun est soi en face de l’autre, évoquant sans fard ni mensonge sa situation intime, sa famille, ses proches et sa vie quotidienne.

La deuxième partie du cabaret privilégie la revue – la vérité, le rêve, l’ironie et la fête.

Les interprètes n’hésitent pas à interpeler le public, le prenant à partie, le provoquant à travers l’auto-ironie, l’humour cinglant et une franchise amusée et facétieuse.

Les couleurs de la fête et du jeu sont au rendez-vous, grâce au Moulin Rouge qui est remercié pour le prêt de costumes et accessoires, casques, coiffes, boas et éventail des ateliers de création de Mine Vergès et du plumassier Maison Février.

Le patron de l’Interlope est joué par l’énergie et la vivacité joyeuse de Véronique Vella, sorte de Monsieur Loyal aux amours saphiques, qui assure avec brio et précision les transitions des numéros et mène sa troupe d’artistes à la baguette.

Les transformistes couvrent trois générations : l’ancienne, incarnée par Michel Favory, la mature par Serge Bagdassarian et la benjamine par Benjamin Lavernhe.

Des comédiens dans l’âme, de beaux chanteurs, des interprètes à la fois rigoureux et moqueurs, frondeurs, narquois, jamais dupes – tendres ou bien cassants.

Ce sont de belles dames dignes de la revue du Cabaret Paradis Latin, si ce n’est qu’elles sont douées d’un verbe efficace et choisi – de l’émotion à la gouaille -, et d’une capacité gracieuse à chanter dans les grandes règles de l’art et de l’harmonie.

Benjamin Lavernhe chante Jésus-la-Caille de Carco et Kosma, et Véronique Vella Ouvre de Zarifi et Giannidis qu’interprétait Suzy Solidor, garçonne des années 1930.

Serge Bagdassarian chante L’Indifférent de Klingsor et Ravel, et Je ne t’aime pas de Maurice Magre et Kurt Weill, et Michel Favory Le Condamné à mort de Jean Genet.

Le spectacle se montre d’une rigueur et d’un professionnalisme exemplaires, avec les accompagnements de Benoît Urbain au piano et Olivier Moret à la contrebasse. Un amusement enjoué et grave pour un public sommé de réfléchir en appréciant la rudesse de temps récents qui ne pensaient qu’à opprimer, exclure et rejeter l’Autre.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de la Comédie-Française, du 17 septembre au 30 octobre. Tél : 01 44 58 98 58

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