Le Dépeupleur, texte Samuel Beckett (Éditions de Minuit), mise en scène Alain Françon, scénographie et costume Jacques Gabel, lumières Joël Hourbeigt

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Le Dépeupleur, texte Samuel Beckett (Éditions de Minuit), mise en scène Alain Françon, scénographie et costume Jacques Gabel, lumières Joël Hourbeigt

 Le Dépeupleur, texte en prose de Samuel Beckett, écrit en français, ébauché en 1966 et terminé en 1970, se présente comme profondément étrange et énigmatique, d’essence beckettienne absolue, entre déploration probable et consolation possible.

Formellement, la narration pourrait être comparée au thème musical de l’œuvre d’un compositeur éclairé, thème que celui-ci destinerait à des interprètes choisis, conviés au jeu inspiré de leurs propres variations complices : « C’est l’intérieur d’un cylindre surbaissé ayant cinquante mètres de pourtour et seize de haut pour l’harmonie. »

Dans la mise en scène à la fois grave et facétieuse du connaisseur Alain Françon, quand Serge Merlin prononce le mot « harmonie », habit vert pomme de chef d’orchestre et baguette à la main qu’il fait d’ailleurs choir en chemin, tout comme sa veste de corbeau, il convie le spectateur à l’écoute de toutes les nuances vocales déclinées, sonorités déchirées et abyssales qui se déploient et se libèrent à l’infini.

Le matériau sur quoi s’appuie le discoureur est une façon de traité mathématique et géométrique, cosmogonique et ethnographique, une invention libre décrite à plaisir.

Le cylindre surbaissé semble clos sans nulle possibilité d’issue ni de fuite, le lieu d’un enfermement que le commentateur et guide observe avec rigueur, pour le spectateur convié lui aussi à regarder attentivement les moindres détails, à la manière des entomologistes qui étudieraient les insectes en chercheurs patients et rigoureux.

Telle une maquette miniaturisée de décor, la forme cylindrique se trouve bien là, à l’intérieur de remparts circulaires et blancs, encastrés au beau milieu du plateau de scène, avec ses échelles apposées au moyen desquelles des êtres minuscules – ils sont deux cents – tentent de s’échapper, des niches d’un tunnel ou d’autres cavités.

La triste condition humaine, puisque c’est d’elle dont il s’agit encore, est révélée à travers les obstacles et les barrières, les empêchements et les arrêts qu’on lui inflige.

Les êtres captifs jouent d’efforts pour pouvoir enfin se sortir de toutes les impasses ; chutes, échecs, échelles renversées, la marche vers la lumière du jour est ardue.

La présence physique et la voix inouïe de l’acteur singulier qu’est Serge Merlin accordent à ce tableau imprévu un esprit, une couleur et une dimension extraordinaires – la valeur de rêves/cauchemars étouffés et plus ou moins heureux.

Ce n’est pas la première fois que le comédien Serge Merlin, accompagné par son metteur en scène Alain Françon, incarne la figure du Dépeupleur – le passeur impuissant d’une mort qui ne réussit pas à s’imposer et laisse place à plus de vie.

Une aventure exceptionnelle pour le public venu goûter à l’art intense de l’acteur.

Véronique Hotte

Théâtre Les Déchargeurs, du 12 septembre au 1er octobre, du lundi au samedi à 21h30. Du 3 octobre au 19 décembre, le lundi à 21h30. Tél : 01 42 36 00 50

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