Quand le diable s’en mêle, d’après trois pièces – Léonie est en avance, Feu la mère de Madame, On purge Bébé – de Georges Feydeau, adaptation et mise en scène de Didier Bezace

Crédit photo : Nathalie Hervieux

 

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Quand le diable s’en mêle, d’après trois pièces – Léonie est en avance, Feu la mère de Madame, On purge Bébé – de Georges Feydeau, adaptation et mise en scène de Didier Bezace

 Créateur, à l’extrême fin du XIX é siècle, des grandes mécaniques vaudevillesques en trois actes – Un fil à la patte, L’Hôtel du libre-échange (1894), Le Dindon (1896), La Dame de chez Maxim (1899) – dont le public s’amuse, l’auteur Georges Feydeau compose après cette période, à travers un comique féroce et cru, des « farces » conjugales, lieu privilégié de l’expression des rancœurs d’un mariage malheureux.

Entre autres bijoux de noirceur amère et tonique, Feu la mère de Madame (1908), On purge Bébé (1910) et Léonie est en avance (1911) participent de cette veine que monte avec une belle gourmandise le connaisseur de Feydeau, Didier Bezace.

Les situations cocasses et saugrenues que provoque un confort bourgeois étriqué sont en point de mire, et le public se moque de ses semblables qu’il voit fragilisés.

Nul n’est à l’écoute de l’autre, chacun avance en ce monde et ne vit que pour soi.

Comique de situations, comique de gestes, comique de mots, l’absurde règne dans ces microcosmes fermés, et les personnages qui jacassent sans cesse, répétant obsessionnellement les mêmes requêtes ne communiquent guère entre eux.

Ils s’habituent aux ratés, quiproquos, actes manqués, mensonges et mauvaise foi.

Spectateur de cette mésentente existentielle, le public partage l’inquiétude tangible.

Léonie (Lisa Schuster) et Toudoux (Luc Tremblais) pour Léonie est en avance donnent l’ampleur du désastre intime d’un couple conjugal décalé, perdu sur un tréteau de parquet de bois incliné, contournant l’obstacle ou bien le gravissant.

La femme enceinte ne cesse de gémir et de harceler son bonhomme de mari qui va même jusqu’à porter, pour complaire à sa si douce, un pot de chambre sur la tête.

Pas élégant de patineur, la technique antidouleur consiste à danser ensemble, une manière à la fois grotesque et élégante qui souligne une tendresse implicite réelle.

Pourtant, la sage-femme tyrannique et dame bourreau, (Philippe Bérodot) vient encore bouleverser les règles du ménage, prenant plaisir à humilier le futur père.

Une folle-femme ou une diablesse !

Pour Feu la mère de Madame, la structure étendue de bois devient lit sonore, froid et claquant ; la jolie Yvonne (Océane Mozas) ne se repose guère dans cette absence de chaleur, même si son fieffé d’époux menteur, Lucien, (Jean-Claude Bolle-Reddat), rentre après une soirée masquée, déguisé en un Roi-Soleil vieilli et fatigué.

Un drôle de diable un peu nigaud est à leur service qui provoque les catastrophes.

Quant à On purge Bébé, la tension comique monte à son comble, vu le choix imprévu et trivial des accessoires de théâtre, des pots de chambre en porcelaine – métaphore filée de l’incongruité des situations, souvenir du mari portant cette coiffe.

Le porcelainier Bastien Follavoine (Thierry Gibault) est sur le point de signer une affaire en or avec Chouilloux, fonctionnaire du Ministère de la Guerre, pour équiper l’armée dans les tranchées. Le premier invite le second à déjeuner : Julie, l’épouse en bigoudis, n’en a cure, elle s’inquiète pour son bambin qui ne veut pas être purgé !

Ce garçon infernal mène la danse à plaisir, contrariant et troublant ses parents.

Philippe Bérodot, en vélo et portant cornes lucifériennes, s’amuse avec le public complice. Au-delà de la force décoiffante et énergique des comédiens excellents, le spectateur aurait aimé, au-delà de ses rires, plus d’emportement encore, d’élan, de souffle et de folie pour stimuler le rythme cocasse de cette mécanique bien huilée.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Aquarium à La Cartoucherie, du 9 septembre au 1er octobre, du mardi au samedi à 20h, dimanche à 16h. Tél : 01 43 74 99 61.

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