La Reine de beauté de Leenane de Martin Mcdonagh, traduction de Gildas Bourdet, mise en scène de Sophie Parel

Crédit photo : David Krüger

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La Reine de beauté de Leenane de Martin Mcdonagh, traduction de Gildas Bourdet, mise en scène de Sophie Parel

 Comédie noire, humour grinçant, cynisme cinglant, La Reine de beauté de Leenane de Martin Mcdonagh, dramaturge britannique d’origine irlandaise, propose sur la scène une danse vivante et virevoltante, mêlée d’amertume que mènent deux diablesses – une mère et sa fille – ; la traduction de Gildas Bourdet en accentue encore le propos trivial qui mime apparemment un parler rustique trop approximatif.

Deux démones font la pluie et le beau temps, plutôt le mauvais temps : deux sorcières, deux femmes insupportables, deux spécimens dégradés de la gent féminine, deux figures dépréciées de l’humanité : d’un côté, la mère désagréable, revêche, rabat-joie, cœur fermé, chaussettes de laine et chaussons aux pieds, assise sur son fauteuil roulant, et de l’autre, la fille, image exactement inversée de la première, impudique, glamour et sexualisée avec petite robe exagérément courte.

« Trou du cul… » : les deux femmes s’invectivent, s’injurient et s’insultent sans répit.

Entre amour et haine, la plus âgée empêche la plus jeune de vivre et de s’épanouir. La fille sacrifiée, Maureen, incarnée avec un bel engagement par la metteuse en scène Sophie Parel, a atteint ses quarante ans, une victime dont la peine journalière est de soutenir les moindres instants tyranniques de son bourreau de mère, Mag, interprétée par la grande Catherine Salviat : « Tu crois qu’c’est quoi, mon bonheur ? De rester collée ici avec toi à sécher sur pied comme une vieille ? »

Le contexte est celui d’une Irlande appauvrie et affamée où les paysans des campagnes et les ouvriers des villes n’ont pour planche de salut que l’émigration anglaise ou américaine. La vision idéalisée du pays des origines est partagée entre le mythe embelli et la dépréciation de l’ennui – une attirance et un rejet instinctif qu’il est difficile de contrôler et de raisonner quand il est l’espace de l’enfance de chacun.

Ray Dooley, le jeune frère de Pat Dooley, l’homme dont est amoureuse Maureen, résume le regard porté sur son pays : « Ben vous avez qu’à r’garder par la fenêtre, pis vous la verrez l’Irlande. Et ça va pas être long à vous gonfler. Tiens un veau. »

Décidément, rien ne va où l’on soit, ou bien tout va de travers, il faut quitter les lieux.

Ce sont finalement les jeunes gens – les hommes contre les femmes – qui sauvent la mise, se montrant plus nuancés, plus civilisés, moins triviaux dans cette vision naturaliste d’une humanité souffrante et douloureuse. Les frères sont capables d’émotions vraies et de sensibilité, tels Ray – Arnaud Dupont -, un peu balourd mais sincère, et Pat – Grégori Baquet -, l’amant séducteur à la force rentrée, plein de tact.

L’humour n’est pas absent de la représentation, les rires libérateurs fusent çà et là au milieu de l’horreur, la pièce réglée avec soin ménage son suspens, les attentes et les surprises. Le rythme dramatique est soutenu et le public ne s’ennuie pas.

Le spectacle reste caricatural en tranchant sans ambages dans le vif des chairs.

Véronique Hotte

Le Lucernaire, du 31 août au 16 octobre, du mardi au samedi à 19h, dimanche à 15h. Tél : 01 45 44 57 34.

 

 

 

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