Chère Amazone, de Alicia Roda (Éditions Les Cygnes), mise en scène de Pascal Quignard Cornélien

 

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Chère Amazone, de Alicia Roda (Éditions Les Cygnes), mise en scène de Pascal Quignard Cornélien

La compagnie de théâtre Les Éclats de Lettres que dirige la metteuse en scène et comédienne Isabelle Erhart – Le Fur, s’engage dans une nouvelle aventure avec la métamorphose du relais de Diligence de Guémené-sur-Scorff dans le Morbihan, et son ancienne poissonnerie attenante, en un lieu culturel dont elle anime le feu.

Le porche de cette maison à pignon, corniches et gargouilles, mène à une cour intérieure pavée où des écuries, en partie détruites, abritent les chevaux. Entourée de jardins en fouillis et de murailles anciennes, la maison aux chambrées majestueuses renferme des cheminées provenant vraisemblablement du château.

La vocation de La Diligence est de faire vivre à la fois la culture et la vie locale, de s’ouvrir aux écritures contemporaines, en créant des passerelles entre les publics.

Peut-être pourrait-on voir prochainement sur les planches la Compagnie du Pays Pourleth, du nom du pays breton dont la ville de Guémené-sur-Scorff est le centre.

Chère Amazone est une pièce de théâtre à deux personnages – disons à deux femmes – écrite par la comédienne Alicia Roda qui joue sa partition avec Sara Viot.

Celle-ci incarne une femme occupée par un emploi valorisant et bien rémunéré qui la stresse démesurément, figure féminine devenue victime de son propre pouvoir et de sa volonté à vouloir tout ordonner, agencer, contrôler et maîtriser …

À la façon regrettable des hommes qui pensent appréhender l’univers en le jugulant.

Rêve ou cauchemar ou bien dédoublement de la réalité, pour cette demoiselle appelée « Aile » – jeu de mot sur le fameux pronom féminin singulier de l’art de la narration -, surgit contre toute attente une antique et somptueuse amazone vivante, une apparition merveilleuse de derrière la couche de l’endormie, un refuge ultime de survie et de salut quand on est en manque de repos, de répit et de retour sur soi.

Pour l’inviter à mieux réfléchir et à prendre la dimension réelle de la valeur des combats qu’elle pourrait livrer en tant que femme, une Penthésilée sensuelle, comme sortie d’une fresque, en habit de guerrière, cheveux au vent, cape et fourrures, lacets de cuir, et silhouette décidée, s’empare de la scène, investissant le plateau – les pavés de la cour des écuries de la Diligence – de son souffle entêtant et majestueux, prête encore à lever et tendre son arc mythique qu’elle finira par transmettre à sa jeune protégée interloquée d’abord, bousculée ensuite, avant d’acquiescer finalement aux vœux de la conquérante. Aujourd’hui comme hier, la lutte continue dans l’engagement de la défense des droits de la femme, hors des compromissions, petites soumissions, lâches acceptations et médiocrités inavouables.

Débat mouvementé, dialectique subtile, discours motivé et persuasif, la justesse de la parole déclamée fait plier enfin celle qui se croyait vivre selon une vision juste.

Toutes deux reprennent les armes dans la bonne humeur et la vaillance renouvelée.

Le jeu de ce théâtre malicieux étonne le spectateur, saisi par le pertinence de deux époques temporelles antithétiques qui se rencontrent naturellement avec tact.

Entre sourires et boutades comiques, la pensée suit son chemin dans la grâce.

Véronique Hotte

La Diligence à Guémené-sur-Scorff (Morbihan), le 27 août.

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