Corps de bataille de Valérie Lang, Éditions Les Solitaires Intempestifs

Corps de bataille de Valérie Lang, Éditions Les Solitaires Intempestifs

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Stanislas Nordey a partagé la vie de Valérie Lang pendant plus de dix ans et dirigé avec elle, de 1998 à 2001, le TGP de Saint-Denis ; le directeur du Théâtre national de Strasbourg – metteur en scène et acteur – note, à propos de cette amie trop tôt disparue et que ne quittait jamais l’urgence d’écrire, une récurrence thématique :

« … inlassablement, l’amour de l’autre, l’amour des autres, et cette conviction inébranlable que le théâtre aide à vivre, aide à comprendre le monde qui nous entoure et qu’il doit être accessible à tous et pas simplement à des privilégiés. »

Pour la femme de théâtre, reste à « jeter son corps dans la bataille avec les armes de la poésie », selon la belle formule de Pasolini dont l’œuvre est appréciée.

Corps de bataille rassemble un choix de textes, réalisé par Stanislas Nordey, en accord avec Monique et Jack Lang et en collaboration avec Frédéric Vossier qui considère l’actrice comme « une guerrière de la parole », associant lutte et combat à la nudité. Nudité qui recouvre l’unité existentielle dans un don dépensier de soi, sans oublier les engagements en faveur des « sans-papiers » et « sans-logement ».

Actrice, femme d’institution et militante, Valérie Lang est avant tout passionnée.

L’ont marquée l’expérience enfantine du festival mondial de théâtre universitaire de Nancy qu’organisent ses parents (1964-1977), les premiers cours personnels de théâtre à Paris avec Michelle Kokossowski, l’entrée au Conservatoire avec la classe de Jean-Pierre Vincent pour lequel l’élève éprouve une belle admiration et la rencontre enfin avec Stanislas Nordey dont elle dessine un portrait amusé : « Dans les escaliers, je croisais un jeune homme avec une tête de Tintin, des lunettes à moitié cassées, un sac à dos pourri, des santiags défoncées, un sourire er et des yeux gentils et brillants. Un très jeune homme qui paraissait d’une extrême fragilité et d’une grande générosité, en dehors des modes.» Elle avoue ne plus l’avoir « lâché ».

L’expérience de comédienne au Théâtre Gérard Philippe de Saint-Denis est inaugurale : l’amoureuse joue Calderon de Pasolini avec Sarah Chaumette, dirigée par Stanislas Nordey, dans la petite salle du sous-sol du Terrier, tout près du public.

À côté de la dimension visuelle de l’imaginaire d’un théâtre ressenti, s’imposent d’abord les tessitures et les couleurs de la voix pour les spectateurs destinataires qui reçoivent « des courants électriques dans le corps au niveau de la langue » : « il y avait une chose de l’énergie de l’acteur dans cette langue-là qui faisait que la poésie, comme l’aurait fait la musique, entrait dans le corps du public…. Je sentais le rapport charnel avec le public parce que je lui transmettais quelque chose réellement. »

Les acteurs peuvent et doivent faire de l’or sur le plateau, avec leur voix, leur corps et leurs mots : ils sont précisément à l’endroit du sublime – ce qui ne veut pas dire que l’interprétation soit parfaite mais qu’advienne en échange, une relation physique et profonde au texte, « un vrai rapport au théâtre, c’est-à-dire qui coûte sa vie. C’est sa vie qu’on met en danger sur un plateau, c’est une question de vie ou de mort. »

La formule consiste en quelque sorte, à « se mettre au service » au sens propre et au sens figuré, à se donner au théâtre, au public – à tous les publics – et au texte.

L’engagement de la femme de théâtre dans la cité témoigne d’une énergie et d’une volonté sans faille, figure féminine et artistique présente dans les écoles, les collèges, les lycées et autres théâtres du département de la Seine-Saint-Denis.

La comédienne écrit à nombre d’interlocuteurs, cherchant le dialogue, traquant l’échange et la possibilité politique de construire ensemble une société autre, des relations à renouveler dans l’urgence d’une réflexion raisonnée et distanciée.

Elle écrit à Patrick Brouaezec, maire communiste de Saint-Denis de 1994 à 2004 ; encline aux écrits dits « citoyens », elle rédige, entre autres textes, le compte-rendu d’une réunion avec des enseignants dans une école de Saint-Denis, des notes pour des interventions publiques, une réflexion sur la place des jeunes et sur la Direction de la Jeunesse de la Ville de Saint-Denis, les lignes d’une rencontre publique avec Marjorie Nakache et Xavier Marcheschi du Studio Théâtre de Stains, un article paru dans l’Humanité en 1999, un discours encore au collège Elsa Triolet de Saint-Denis.

Sensible à la misère du monde, Valérie Lang multiplie les déclarations et les appels, déclarant en 1997, sous l’ère Jacques Chirac : « Il n’y a pas un jour où le gouvernement ne tente d’organiser un discours tendant à cristalliser toutes les angoisses des Français autour de « l‘étranger ». C’est ça que je trouve grave, car en réalité, le problème, ce n’est pas l’étranger, mais la pauvreté et le chômage. Il faut désenclaver les ghettos des banlieues. On parle de fracture sociale. Ce n’est pas à coups d’événements spectaculaires et médiatiques que l’on changera le quotidien des citoyens. »

Vingt années sont passées, les violences sociales n’ont fait que croître : a-t-il été pris acte de ces constats d’urgence qu’on considère trop facilement comme rebattus ?

Valérie Lang manque sur les plateaux de théâtre, visage radieux et regard lumineux, présence scénique entière, engagée, généreuse, attentive et à l’écoute de l’autre.

Corps de bataille restitue la voix chaude et le joli visage d’une femme de convictions.

Véronique Hotte

Corps de bataille de Valérie Lang, Éditions Les Solitaires Intempestifs

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