Festival Interceltique de Lorient (FIL) – Alan Stivell « AMzer Tour »

Festival Interceltique de Lorient (FIL) – Alan Stivell « AMzer Tour »

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Alan Stivell, qui depuis cinquante années de carrière a su allier, dans une patience tranquille, tradition et modernité, reste le maître incontesté de la musique celtique.

Le musicien chanteur et linguiste dont le fer de lance est la défense de la langue bretonne, comme de la langue gaëlique et de toutes les langues minoritaires, a fait les honneurs de présenter à son public des extraits de son dernier opus « AMzer ».

Les six langues celtiques répertoriées – le gaélique irlandais, le gaélique écossais, le mannois, le gallois, le cornique et le breton – utilisent ce joli nom poétique d’« AMzer » – sous-titré « Seasons » pour les anglophones – afin d’évoquer non seulement « le temps qu’il fait », sous les nuances de toutes les lumières, ombres et couleurs, mais aussi « le temps qui passe », inexorable mais au moins enrichissant.

L’occasion est belle pour Alan Stivell de rendre hommage à la poésie irlandaise et bretonne : les mots choisis d’un collégien de l’école bilingue breton-français Diwan à Quimper, ou ceux du grand poète irlandais Séamus Heaney, pour un poème que le Président de l’Irlande Michael D. Higgins avait lui-même lu au FIL 2014, rappelle le barde, en passant par le haïku japonais. Un regard médité sur l’évolution du monde.

Les saisons sont évoquées, comme les jours qui passent sous la férule de temps.

Le rendez-vous musical est enchanteur, entre électro inspirée et chant sublime.

Sérénité et envol sur la terre et le ciel des ancêtres – les mêmes exactement que ceux de notre postmodernité mouvementée et heurtée par des guerres auxquelles le chanteur pacifiste fait une allusion discrète avec Brian Boru – un imaginaire presque incarné dans la délicatesse accomplie d’une saison printanière inspirée par les résonances de la harpe celtique, les flûtes diverses et autres sons électroniques.

La voix de Stivell s’impose, subtilement tenue dans un bel équilibre, dans telle langue chantée ou bien parlée, soit successivement ou alternativement, en breton, en gaélique, en français et en anglais, accompagnée encore par une chanteuse irlandaise que traverse le haïku d’une interprète japonaise en habit traditionnel.

Une musique connotée de mysticisme et de spiritualité, versée vers la contemplation et l’incarnation d’un rêve qu’on pourrait qualifier de new age, entre folk d’avant-garde et approche électronique expérimentale et dont les sources obéissent d’abord à un geste conceptuel, une exploration sonore et une ouverture aux cultures du monde.

En seconde partie de concert, on entendra encore, pour le bonheur du public averti et fidèle de Lorient, quelques standards des succès de Stivell : Suite des Montagnes et Pop Plinn, Suite Armoricaine, An Alarc’h, Ian Morrison Reel, Tri Martolod…

 AMzer, le temps passe, et Alan Stivell avance, fidèle à son art et à ses convictions.

Un concert des plus prégnants et précis que le plaisir de jouer démultiplie encore.

Véronique Hotte

Festival Interceltique de Lorient (FIL) – Espace Marine, le 7 août.

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