Macbêtes, les Nuits tragiques, texte Arthur Lefebvre d’après Macbeth de Shakespeare, mise en scène et scénographie de Claire Dancoisne – Festival de Bussang

Crédit photo : Christophe Loiseau

53f18b_1df9b91049804c149168dddd95309edc~mv2

Macbêtes, les Nuits tragiques, texte Arthur Lefebvre d’après Macbeth de Shakespeare, mise en scène et scénographie de Claire Dancoisne (Théâtre de la Licorne) – Festival de Bussang

 Il a suffi que les démones lancent : « Tu seras roi ! », pour que Macbeth comprenne aussitôt qu’il est obligé d’accomplir le meurtre de Duncan – le roi du moment. Shakespeare dévoile patiemment l’imaginaire en travail chez Macbeth, obéissant sans résistance aux stratégies du désir – rêves et fantasmes – pour une avancée macabre dans les régions nocturnes les moins connues de la moralité humaine.

Quand un petit aspire à être un puissant – et tous les puissants de ce monde ont été petits un jour -, tous les moyens sont bons, des plus inavouables aux plus criards.

En notre époque observatrice d’un repliement citoyen mortifère à relents nationalistes, résonnent dans les consciences les phrases significatives du tyran Macbeth – des formules frappantes et à l’emporte-pièce, reprises par l’adaptateur Arthur Lefebvre, auxquelles la vision forte de Claire Dancoisne accorde l’incarnation.

L’artiste de théâtre d’objets prend au pied de la lettre la pensée métaphorique honnie – celle du rejet de l’autre – le rival -, largement représentative de la nuit infernale de l’âme humaine qui ose le slogan haineux et raciste de « Il faut écraser la vermine ! ».

Qu’à cela ne tienne ! Le plateau est là pour recevoir les songes les plus noirs, et la petite table d’acier métallique – plan de laboratoire pour des essais d’asservissement et de transformation moraux et physiques de l’être humain – est prête à l’emploi avec, comme servants monstrueux de cérémonie, la trépidante Rita Burattini pour l’infernale Lady Macbeth et l’incroyable Maxence Vandevelde pour l’horrible monstre.

Grimés à mort, visages blancs et lèvres rougies, regards cernés de noir et masque de perruque – quelques cheveux de laine rouge orangé dessinés en crête sur le crâne, tout de noir vêtus, robe à corsage blanc pour Elle et veste militaire pour Lui, ces figures sont proches du pantin mécanique et du robot, éloignées de l’être vivant.

Pour ajouter encore à cette messe de magie noire, sorte de tableau à la Otto Dix, le fer et le métal forment et dessinent des insectes inédits, des sculptures d’acier de fruits de mer et des statues marines de crabes menaçants avec antennes et pattes.

Des figurines infernales issues de cauchemars, comme sorties non plus de l’eau douce de la Fontaine des Automates de Jean Tinguely et de Niki de Saint-Phalle, mais extraites de fonds sous-marins ignorés et condamnés par un Titan en colère.

Crissements amers, claquements secs, cliquetis aigus, lents grincements, éraillements de griffures de démons, le maître Macbeth déguste son plateau de mer en toute tranquillité, suçant pattes et têtes, raclant et écrasant de ses doigts d’ogre fibres et fragments, cassant les pliures de mandibules, démembrant la carapace d’acier en un amas inouï de restes – arêtes et ossements – de la mort en travail.

Le festin n’en finit pas : il en faut toujours plus pour remplir l’assiette sanguinaire, et que soient nettoyés à blanc les reliquats de vie passée des insectes en puissance – les hommes.

À force de frapper, taper, meurtrir et écraser sauvagement leurs adversaires, les bourreaux en actes en viennent à se bannir eux-mêmes, en sortant de leurs gonds.

La mort reste la grande gagnante ultime, en dépit de tous les calculs et préventions.

Un beau cauchemar.

Véronique Hotte

Festival de Bussang (Vosges), le mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 18h30, les 4, 5, 6, 10, 11, 12, 13, 17, 18, 19, 20, 24, 25, 26, 27 août. Tél : 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s