Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction de Françoise Morvan et André Markowicz, Éditions les Solitaires Intempestifs mise en scène de Guy-Pierre Couleau – Festival de Bussang

Crédit Photo : Laurent Schneegans

couple

Le Songe d’une nuit d’été de William Shakespeare, traduction de Françoise Morvan et André Markowicz, Éditions les Solitaires Intempestifs mise en scène de Guy-Pierre Couleau – Festival de Bussang

 Quoi de mieux pour la mise en scène lumineuse du Songe d’une nuit d’été – A Midsummer Night’s Dream – (1594-1595) de William Shakespeare par Guy-Pierre Couleau au Théâtre du Peuple du Festival de Bussang dont la direction est assurée par Vincent Goethals, que le décor naturel de la majestueuse forêt vosgienne ?

Certes, l’histoire de la comédie dont les péripéties se déroulent en Grèce, est complexe et sinueuse, à l’image de la vie primesautière et de ses rencontres de hasard – coups de foudre et amours interdites –, soit tout le sel d’une existence.

Deux couples de jeunes amants pleins de vie et d’envies voient leur désir contrarié, celui-ci n’aimant pas celle-là comme dit, ou bien telle autre aimant untel qui ne lui était pas destiné, un penchant malheureux qui porte ombrage encore à un tiers élu trop précipitamment, selon un cours anticipé du temps qu’on croyait maîtriser.

Hélène aime Démétrius qui aime Hermia qui aime Lysandre. Or, le père de la seconde ordonne que sa fille honore ses premiers engagements.

Reste dès lors aux jeunes gens empêchés par un père autoritaire, à s’enfuir dans l’errance ombreuse de la forêt – ses clairières et ses refuges, ses havres de paix et ses abîmes de vertige – les métaphores physiques d’un imaginaire insondable.

La forêt royale est envoûtante, un noble personnage que laisse entrevoir dans un premier temps l’ouverture effective et discrète de deux panneaux verticaux, glissant dans le silence sur le mur de fond, accordant toute plénitude à une contemplation saisissante de la beauté des bois – tels les lais peints d’une tenture japonaise, le comble de l’art qui dépasserait la nature vivante. Or, la forêt respire bien et fraîchit.

Profusion verdoyante des arbres généreux et des lourds branchages où se dessine

le tronc noueux d’un hêtre ancestral, gage d’éternité dans un monde où flamboyance et mouvements incertains se disputent la prééminence, soit le geste contre la mort.

Mais le mystère de la forêt ne serait pas entier, si n’apparaissaient dans cet espace, les habitants traditionnels des contes et légendes- les fées, les elfes et les esprits.

Ainsi, Obéron, roi des elfes, ordonne à son facétieux Puck de verser une potion sur les paupières de son épouse Titania, la reine languissante des fées, qui lui refuse un jeune page convoité. L’Élégante tombera amoureuse du tisserand Bottom – bonhomme brut de farce populaire qui joue son rôle dans la tragédie Pyrame et Thisbé que préparent les artisans du village pour les festivités de noces princières.

L’artisan un peu balourd est masqué d’une tête d’âne, figure bestiale et malencontreuse qui porte atteinte à la dignité féminine royale et moquée.

Obéron encore, à l’écoute des malheurs des amours enfantines, demande à son fidèle Puck de « restituer » chacun à sa chacune, en jouant aux cartes les deux couples mis violemment à mal et bousculés dans leurs attirances respectives.

Mais Puck, livré à l’incertitude approximative des jeunes amants non identifiés, fait erreur, poussant plus avant et plus loin le bouchon comique des emmêlements des quiproquos sentimentaux ; le philtre d’amour n’est pas versé sur la bonne paupière…

La scénographie de Elissa Bier privilégie les sensations d’envol et de légèreté, déposant sur le plateau des morceaux de papier crépon de toutes les couleurs, une aire ludique enfantine, un espace de jeux et de libération radicale des songes – à moins que ce ne soit un rappel subversif de continents souillés de sacs plastique.

Tout n’est que mauvais rêves tendancieux, fantasmes et pressentiments, et la comédie shakespearienne s’amuse des prétentions humaines à vouloir contrôler ses moindres agissements – vanité des vanités quand la vie va et que les jours passent.

Et en attendant la mort, l’heure est aux divertissements joyeux – mots d’esprit et situations loufoques –, un monde où les acteurs et leur public sortent réjouis.

Saluons l’équipée joyeuse des amateurs et des professionnels de la scène, Sébastien Amblard, Pierre-Alain Chapuis, François Kergoulay, Anne Le Guernec, les pétillantes Jessica Vedel et Clémentine Verdier et tous les autres …

Véronique Hotte

Festival de Bussang (Vosges), depuis le 14 juillet et jusqu’aux 6, 7, 10, 11, 12,13, 14, 17, 18, 19, 20, 21, 24, 25, 26, 27 août. Tél : 03 29 61 62 47 reservation@theatredupeuple.com

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