Macbeth de William Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6067 / 2€ / 276p

2016 : commémoration des 400 ans de la mort de Shakespeare

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Macbeth de William Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6067 / 2€ / 276p

 Yves Bonnefoy (1923-2016), poète, critique d’art et traducteur français, notamment de l’œuvre de Shakespeare (1564-1616), auteur disparu récemment ce 1er juillet, considère Macbeth comme une pièce appartenant à un ordre archaïque et médiéval, tandis que Hamlet, pièce écrite pourtant cinq ans plus tôt, relèverait de la modernité.

Une réalité supra-naturelle s’impose dans Macbeth à travers les sorcières – figures du mal – dans la lande brumeuse, qui osent lire un avenir prémonitoire à Macbeth et à Banquo, ce qui aboutira indirectement à ce que Macbeth perde son âme.

Hors du monde chrétien, l’incohérence et le désordre du mal règnent chez l’égaré.

Or, si Macbeth est un vaillant combattant, il reste l’objet d’une peur métaphysique, tel un soldat qu’inquiète le surnaturel, effrayé par une épouvante superstitieuse – soit l’évocation du rapport chrétien et médiéval de la vie humaine à l’être divin.

Macbeth – avec Lady Macbeth – n’a pas d’enfant ; on pense dans de tels cas que l’œuvre de Dieu est maudite puisque nulle descendance ne s’inscrit socialement.

Le chevalier redoute la mécréance et le blasphème, le danger de perdre son âme.

Le couple de criminels fait alors du crime un enfant symbolique conçu à deux – faisant la part trop belle à la stérilité et à la mort. En fait, le projet de meurtre du roi n’a fait qu’aggraver la faute de la non paternité, et ne l’a en rien réparée.

Le couple royal se réduit à deux âmes perdues et les sorcières le savent.

Il a suffi que les porteuses de malédictions lancent : « Tu seras roi ! », pour que Macbeth comprenne aussitôt qu’il est obligé d’accomplir le meurtre de Duncan, le roi d’à présent. Shakespeare dévoile patiemment l’imaginaire en travail chez Macbeth, obéissant sans résistance aux stratégies du désir – rêves et fantasmes. Soit une avancée paradoxale dans les régions nocturnes les moins connues de la velléité humaine.

Macbeth se hait lui-même tout en restant ambivalent à l’égard du monde qu’il veut conquérir à tout prix – victime douloureuse du mal qui le détruit inexorablement.

Shakespeare visite ainsi « un des cercles les plus retirés de la nuit humaine, l’ultime cercle restant, celui où erre Iago, la haine qui ne sait plus que se délecter de soi. »

Le travail des forces du mal en action subjugue le lecteur, même dans l’échec de celles-ci.

Véronique Hotte

Macbeth  de William Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6067 / 2€ / 276p

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