Hamlet de Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6068 / 2€ / 288 p

2016 : commémoration des 400 ans de la mort de Shakespeare

 

 A46850Hamlet de Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6068 / 2€ / 288 p

Yves Bonnefoy (1923-2016), poète, critique d’art et traducteur français notamment de l’œuvre de Shakespeare (1564-1616), auteur disparu récemment ce 1er juillet, s’est intensément penché sur l’expression « The readiness is all » – « L’essentiel, c’est d’être prêt » -, soit la disposition d’esprit que proclame un prince qui ne peut plus désormais assumer la royauté, telle que son père l’avait vécue, trop médiévale.

Selon l’enseignement du Moyen Âge et la théologie du salut, l’être se pense appartenir à un un ordre divin, un sens dont il peut se croire le centre. Mais un jour la technique et les sciences font voler en éclats cet ordre pour laisser surgir la nature, la vie matière. L’être devient une énigme pour lui-même, une solitude à porter.

La civilisation, née de cette crise, se manifeste dès la fin du XVI é ou au début du XVII é siècle, soit en Angleterre les années de l’écriture shakespearienne :

« La ligne de fracture qui a rompu l’horizon de l’intemporel, et voue l’Histoire du monde à son devenir toujours plus incertain passe par Hamlet. »

Hamlet père – figure d’un mode d’être archaïque – et Hamlet fils – figure d’une avant-garde philosophique élisabéthaine – sont des figures existentielles opposées.

Le père est sans appréhension, toujours confiant dans les valeurs traditionnelles et dans la durée, même défunt. Claudius qui met fin au règne n’a pas d’enfant.

Quant au fils – Prince de Danemark – qui doit rétablir la fonction royale légitime qui a été mise à bas, il ne croit plus à ces valeurs d’un temps passé, pris par un sentiment de vide, de vanité et d’isolement. Le scepticisme sape l’énergie du jeune homme qui n’agit pas, il entraîne même Ophélie dans la folie et dans la mort, alors qu’il l’aime.

Le romantique Hamlet a pourtant un contemporain dans la pièce, Claudius le régicide qui a transgressé les codes les plus sacrés, un oncle qu’il n’aime pas.

Il le comprend, conscient d’un monde déstructuré dont les vérités sont partielles.

Hamlet se sent prêt pour la mort, mais pas seulement. Cette disponibilité incarne la survie de l’âme et son espoir, une posture intérieure active quoique pessimiste, une façon de trouver un élan ironique et libre, une plénitude au sein d’un monde vide.

Âme immensément seule, il s’agit pour lui de « réinventer » le monde, tel Rimbaud.

Véronique Hotte

Hamlet de Shakespeare, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6068 / 2€ / 288 p

 

 

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