Roméo et Juliette, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6066 / 2 € / 224 p

2016 : commémoration des 400 ans de la mort de Shakespeare

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Roméo et Juliette, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6066 / 2 € / 224 p

 Yves Bonnefoy (1923-2016), poète, critique d’art et traducteur français de l’œuvre de Shakespeare (1564-1616), entre autres, disparu récemment ce 1er juillet, associe Roméo et Juliette, pièce des premières années, à Macbeth, pièce de la maturité.

Si Macbeth est un coupable n’inspirant nulle compassion, les amants de Vérone sont les victimes innocentes d’une conjuration des astres et de l’absurdité des hommes.

Les Élisabéthains pensaient que le péché originel avait déréglé la mécanique du monde, note le traducteur, mais « on dirait que le ciel veut que ce soient les meilleurs qui, à force même d’amour, finissent par n’être que désespoir et aient donc recours au suicide, lequel conduit en enfer. »

N’y aurait-il pas plutôt à redire, du côté de Roméo, jeune homme mélancolique et triste qui fuit ses amis et ne vit que la nuit, préférant se réfugier dans le rêve plutôt que se frotter à la réalité des autres et du monde, peu capable de compassion ?

N’a-t-il pas déjà cru aimer une Rosaline qui n’était qu’un mirage et une apparence ?

Si Roméo se rend à la soirée des Capulet, ses ennemis, c’est qu’il est poussé par un pressentiment du malheur, une force néfaste active au plus profond de son être.

Ce prétendant n’aimerait-il que si un obstacle s’érige entre son amante et lui ?

Juliette devient pour Roméo non une personne réelle mais une belle vision nocturne. Parier sur le rêve et l’apparence, ne pas affronter la présence, la posture est risquée.

Amour soudain déclaré pour Juliette, désir de suicide, une même approximation atteint le héros qui pousse Juliette dans des aventures maudites ; ainsi un mariage en secret, alors que les querelles entre les Montaigu et les Capulet s’apaisaient.

Roméo aurait-il pu être plus confiant et accomplir la réconciliation attendue ?

Le dramaturge semble tendre à la société un miroir pour l’âme chrétienne, le développement du mal ayant toujours une origine, même infime. À la différence de Hamlet et d’Othello, dans la pièce de Roméo et Juliette, « la langue de l’intériorité n’est pas encore assez diversifiée ou admise sur la scène élisabéthaine pour qu’il ait eu la facilité de ces monologues qui sont comme des fenêtres qu’on ouvre sur les rapports de l’action et de l’inconscient ».

Shakespeare reste optimiste, et s’il reconnaît le fait originel de la Faute et de ses conséquences, il favorise, préserve et privilégie l’idée de la liberté. L’action finit quand le jour se lève et que tout peut recommencer, quand les forces du bien s’activent et que le mal se fait tout relatif et s’estompe.

Le ver rongeur se cache toujours au cœur de la rose : Shakespeare parle de Roméo comme d’un mélancolique certes, mais au riche métal précieux. Son ami Mercutio, mélancolique aussi, est plus lucide, représentant l’auteur au cœur de sa création.

Shakespeare, « ce lieu si vaste sous un regard si profond » – les termes choisis par Yves Bonnefoy -, sait que la confiance de l’homme médiéval placée dans le monde est minée ; il reste à la rétablir en sondant les énigmes, les drames et les songes.

Assurer à la société la survie sinon le bonheur, c’est aller dans le sens de l’espoir.

Véronique Hotte

Roméo et Juliette, édition et traduction d’Yves Bonnefoy, Éditions Gallimard, Folio Classique N°6066 / 2 € / 224 p

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