Toute ma vie, j’ai fait des choses que je ne savais pas faire de Rémi de Vos, mise en scène de Christophe Rauck

Crédit photo : Simon Gosselin

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Toute ma vie, j’ai fait des choses que je ne savais pas faire de Rémi de Vos, mise en scène de Christophe Rauck 

Un type est avachi sur le sol, une chaise renversée non loin ; le gisant est tombé contre sa volonté, sous l’effet subreptice de la violence radicale d’un geste étranger.

Derrière le corps replié et en souffrance mais réactif encore, et vindicatif, dont l’expression passe par les sonorités graves de la voix rauque et tranquille de Juliette Plumecocq-Mech, se dessine un écran blanc, le mur auquel est acculée la victime.

Les propos du personnage ne traversent nulle volonté comique ni le moindre désir de plaisanter ou de se moquer à bon compte, en racontant l’histoire d’un gars – la sienne – qui boit une bière dans un bar et se fait agresser verbalement par un autre.

La victime elle-même prend la narration en main et à rebours, dans la posture fâcheuse d’une proie de chasse traquée et coincée, sur le point de se soumettre.

Au pied du mur – barrière et impasse -, l’histoire policière s’est déjà achevée sur la silhouette dessinée à la craie d’un être jeté au sol, probablement donné pour mort.

Toute ma vie, j’ai fait des choses que je savais pas faire de l’écrivain de théâtre Rémi de Vos et que met en scène Christophe Rauck, directeur du Théâtre du Nord – Lille, est un monologue – prière, imploration, adjuration, litanie – qui revient clairement sur l’existence de celui qui reçoit les coups, un constat claire, une méditation sonore.

Quelqu’un qui rase les murs et ne se met guère en avant, discret, réservé, à peine visible, assis dans un coin pour qu’on ne le voie pas, mais que certains, dans le vide et la vacuité de leur propre vie empêchée, prennent plaisir à poursuivre et à harceler.

Insultes et provocations successives et incessantes sur l’identité sexuelle qui diffère – refus ostentatoire et déni de ce qui n’est pas perçu comme convention ou norme.

L’insulté attend et patiente, fait semblant de ne pas entendre, investi par l’effroi et la peur de l’agression imminente, lourde de ses conséquences troubles et menaçantes.

La comédienne joue l’homme ahuri, n’admettant pas ce qui ne peut être admis : pourquoi le personnage qu’elle incarne serait-il outragé et meurtri par tant de bêtise ?

L’agressé élude la réponse à l’agresseur, pressentant une posture sienne fatale, et choisissant de fuir, malgré le danger que prend la tournure des événements.

Juliette Plumecoq-Mech, entre fille et garçon, entre agresseur et agressé, entre comique et tragique, entre humour et amertume, déploie toute la gamme de ses intonations et de ses mimiques – airs, impressions, sensations et pressentiments.

Elle donne le la de la petite bêtise ordinaire qui mène à des situations ultimes, se moquant implicitement de l’absurdité vive qui entrave les hommes sans horizon.

Une performance d’athlète en équilibre qui raconte la violence sourde du monde.

Véronique Hotte

Festival Off Avignon – La Manufacture, du 6 au 24 juillet à 13h30, relâche le 18.

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