Tristesses, conception, écriture et mise en scène de Anne-Cécile Vandalem

Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage

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Tristesses, conception, écriture et mise en scène de Anne-Cécile Vandalem

 « Tristesse » est une petite île située fictivement au nord du Danemark, dont la pauvreté est due à la faillite irréversible des abattoirs, principale source économique.

À partir de l’espace géographique, l’auteure et metteuse en scène belge Anne-Cécile Vandalem, attirée généralement par les espaces du Nord et par l’actualité politique de notre petite Europe en particulier, a inventé une fable des plus amusées et des plus macabres sur la montée d’un parti populiste et nationaliste d’extrême-droite.

La question de l’emploi et du chômage insulaires face à la situation plus « confort » du continent proche, la situation d’actualité – douloureusement aigue, polémique et non consensuelle – des migrants en mal d’existence – résidence et d’emploi -, la question enfin du repli sur soi et de la protection désuète de valeurs traditionnelles en disparition, à moins qu’elles ne soient celles du renouveau – foi religieuse ou convivialité d’espaces de voisinage à retrouver, tels sont les axes raisonnés d’une mise en scène ludique et joueuse. En fonction d’un théâtre dit populaire, un peu tiré par le bas, qui se réclame des séries en vogue – traduction d’un vivre ici ensemble.

La scénographie de Ruimtevaaders est attractive, un rêve d’enfant installé sur le plateau, un livre d’images en 3D – petites maisons nordiques en bois rustique, ciel immense et des revenants au pas silencieux qui se déplacent sur la scène.

Une vision fantastique de personnages entre la vie et la mort – deux musiciens live et la figure de la disparue de l’île, prétendument suicidée, mère de la représentante du parti d’extrême-droite, jeune louve en passe de devenir premier ministre national.

L’heure est aux obsèques de la femme originaire de l’île et plutôt originale et subversive, pendue dans le drapeau norvégien – l’apparition de la chanteuse lyrique soprano Françoise Vanhecke.

Il fallait avoir du culot – rien n’est plus scabreux et problématique – pour faire entrer le fantastique sur une scène de théâtre – une audace réussie et même bien enlevée.

La caméra filme l’intérieur des différentes maisons, les images en live d’un écran de haut de scène que le spectateur voyeur saisit dans le présent des scènes jouées.

Les personnages apparaissent dans la rue à vue sur la scène d’un théâtre vivant.

Jeu de caché-révélé, de dit et non-dit, de confidences et de mensonges intimes, le public saisit la vie quotidienne d’une communauté rurale à sept personnages : père et mère et leurs deux filles énigmatiques – entre vérité et étrangeté ; frère pasteur de la mère et son épouse qui a travaillé aux abattoirs ; ex-mari nationaliste de la défunte opposée à ces vues politiques réductrices et réactionnaires.

Les acteurs jouent leur partition tout de go et dans la justesse d’un regard forcément simplificateur : les bons d’un côté, du côté des jeunes filles en fleur, de la morte et de l’ancienne ouvrière des abattoirs, et de l’autre, les méchants, dont le père caricatural, tyrannique et comique avec son comportement trivial d’un machisme révolu ; son épouse manipulée et secrète enfin et le frère pasteur de celle-ci au double jeu.

La vision est facétieuse malgré ses approches réductrices et faciles, un peu à l’emporte-pièce, elle n’emporte pas moins l’adhésion – rires et bouleversements émus du public – à travers l’intention même de la maîtresse d’œuvre, la malicieuse Anne-Cécile Vandalem, que la relation de la tristesse et du pouvoir interpelle, avec cet attristement obligé des peuples – contrainte, culpabilité, honte, frustration et impuissance avec les conséquences attendues de la haine et de la désespérance.

Cet engagement politique oblige au respect dans l’attention portée à l’individu dans la société ; une façon légère mais sérieuse d’en parler avec le sourire immédiat – premier et second degré – pour le plaisir réel et non boudé du spectateur.

Véronique Hotte

Festival d’Avignon – Gymnase du lycée Aubanel, les 8, 9, 10, 12, 13 et 14 juillet.

 

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