Jacques et Mylène, texte de Gabor Rassov, mise en scène de Benoît Lambert

Crédit photo : Myra 2016

260_couverts_jacq_mylene_ndeg3_-_co_26000_couverts.jpg

Jacques et Mylène, texte de Gabor Rassov, mise en scène de Benoît Lambert

Le théâtre de Boulevard est perçu comme un pur divertissement teinté d’érotisme où le mécanisme élémentaire tient à la traque du plaisir, pimentée de coups de théâtre et de jeux de mots, sans la moindre dimension politique ou satirique. Vaudeville, comédie d’intrigue, le genre peut s’approcher aussi du drame psychologique.

La recette plaisante ou dramatique provoque le rire collectif dans le vaudeville et la comédie d’intrigue ou bien l’émotion pathétique dans le mélodrame et la satire sociale. Le public se laisse conquérir par l’atmosphère festive du Boulevard, un mélange de gratuité et de sérieux. Or, la société suinte le mensonge et les faux-semblants, le théâtre de Boulevard rit jaune parfois et la plaisanterie gaillarde fait place au sarcasme. Le genre regarde les hommes uniquement sous l’angle de leur vie privée, exploitant l’amour, le couple, la famille ou le social quotidien. Soit « le particulier à l’usage du plus grand nombre » (Michel Corvin) – didactisme qui, de l’anecdote, tire une fresque sur l’état de la société ou livre une leçon de conduite.

Jacques et Mylène, pièce de Gabor Rassov, vaudeville délirant par la Compagnie des 26000 couverts, mis en scène par Benoît Lambert, tourne du côté de la comédie légère et loufoque et des Feux de l’amour, un soap opéra américain. La représentation extrait, à travers la satire pressée du couple, une dérision, un rire cruel et mordant.

Le regard consenti sur Jacques et Mylène est dur et sans concession : l’homme et la femme sont des stéréotypes à peine humains, des mécanismes, des marionnettes encore, et les deux interprètes, Ingrid Strelkoff et Philippe Nicolle, sont absolument justes dans leur folie – mélange d’aveuglement, de bêtise et de sensibilité débridée.

La mise en scène joueuse et souriante file la métaphore amusée de la manipulation en livrant à la main des deux acteurs, une effigie, sorte de poupée Barbie représentant chacune la figure du couple en question, et plus largement le locuteur en général car la farce inclut d’autres personnages, dont le père ou beau-père de celui-ci, sa mère, puis l’oncle de la femme et une démarcheuse commerciale.

Un pan de mur, une cloison d’appartement, un jeu de sonnette d’entrée, deux portes qui s’ouvrent et se ferment, les deux comédiens jouent tous les personnages avec brio et emportement, avec ou sans moustache, avec ou sans perruque, sans sourire.

Un jeu de folie pure, de rapidité de la disparition et de la réapparition des figures autres – lieu invisible puis peu à peu plus resserré et donc révélant du côté des spectateurs, la transformation, la métamorphose et le travestissement en cours.

La condition de la femme est dévoilée sans ambages avec un goût sourd et âcre – soumission et acquiescement aveugle au mâle que la figure féminine aime -, voix neutre et blanche, édulcorée et comme déshumanisée – la voix des épouses et amantes inoffensives et un peu stupides des romances et feuilletons de série B, des films d’horreur et de porno, des accents qui simulent invariablement un don froid et effréné de soi, le sentiment presque avoué d’une perdition et errance existentielles.

Benoît Lambert dit évoquer la parodie d’une parodie, un tour de prestidigitation.

Histoires ludiques d’addictions, d’adultères et d’intérêt resserré sur la bagatelle, de détournements incestueux et de quête d’identité sexuelle, les fantasmes filent.

Un jeu de massacre ludique et une note d’hystérie sonnante sous les yeux du public, un verre à la main, quand les acteurs tiennent leur double miniaturisé dans la leur.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, du 5 au 9 juillet. Tél : 01 47 00 25 20

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s