Dormir cent ans, texte et mise en scène de Pauline Bureau – dès 8 ans

Crédit Photo : Pierre Grosbois

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 Dormir cent ans, texte et mise en scène de Pauline Bureau – dès 8 ans

 Le spectacle pour tous publics dès 8 ans de Pauline Bureau rappelle à la mémoire le conte de La Belle au bois dormant, ne serait-ce que le titre joliment choisi Dormir cent ans et le prénom de la petite fille Aurore, une résonance de l’aube de la vie. Mais le traitement du conte originel varie, sensible à la modernité de la jeunesse d’aujourd’hui. L’auteure et metteuse en scène Pauline Bureau s’inspire de la Psychanalyse des contes de fées, l’ouvrage de référence de Bruno Bettelheim qui voit par exemple, en l’endormissement de la Belle un temps préparatoire à l’accès à la maturité et à l’autonomie à travers la transformation physique malaisée et non maîtrisée d’un corps juvénile qui s’accomplit comme implicitement dans l’oubli de soi.

À côté de la fillette un peu triste qui compte ses pas et ses notes de piano, placée à jardin sur le plateau, répond à cour la présence d’un garçon mélancolique, Théo : les deux figures enfantines se font écho pour le public qui les saisit alternativement sur la scène, l’un puis l’autre ensuite, mais les deux figures restent dans l’ignorance de ce compagnonnage subtil et coordonné imposé par la conceptrice.

Les adolescents se rejoindront peu à peu dans la seconde partie du spectacle.

Le spectateur apprécie particulièrement la célérité de Marie Nicolle qui incarne non seulement le ténébreux Théo mais aussi la mère décidée et autoritaire d’Aurore.

Les deux collégiens ont douze et treize ans, se fréquentent à peine en classe, assis l’un à côté de l’autre sur la même table du fond, à l’écoute silencieuse du professeur.

Mais ils trouvent un terrain vivant d’entente imaginaire à travers leurs songes ; l’espace scénique inventé, images vidéo aidant, revient à Christophe Touche pour la régie vidéo, à Yves Kuperberg pour la scénographie et les réalisations visuelles et à Alex Forge enfin pour la composition des effets visuels tant riches que créatifs.

Les deux jeunes se rencontrent affectueusement en songe et en pensée vagabonde. Il aura fallu d’abord se dessaisir pour Théo d’un père -Yann Burlot – qui rentre tard, et d’une mère à la fois envahissante et absente pour Aurore qui reste désarmée mais tenace – Géraldine Martineau en alternance avec Camille Garcia -, et ils pourront chevaucher un tigre blanc souple et somptueux, en prince et princesse de conte de fées voyageant royalement dans les belles illusions qu’on choisit de se donner.

L’attente et le silence sont à combattre pour ces deux êtres en devenir, livrés à leur solitude. Théo bénéficie à ses côtés de la moquerie facétieuse de « The Frog », grenouille héroïque de bande dessinée, combinaison verte et petite couronne de roi.

Nicolas Chupin joue ce Crapaud plaisantin à ravir, moqueur, jouant de la basse et chantant quelques airs connus dont un refrain de Patti Smith – la composition musicale est de Vincent Hulot -, puis sortant finalement de scène sèchement en ouvrant la porte du réfrigérateur dans lequel il pénètre encore pour disparaître.

Le public n’est pas en reste d’images et de figures à profusion, se frayant sur la scène un chemin visuel entre façades urbaines d’immeubles, dessins animés, et course puissante et ralentie d’un félin que chevauchent les amants futurs idylliques.

Véronique Hotte

Théâtre Paris-Villette, du 14 juin au 2 juillet. Tél : 01 40 03 72 23

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