Brûlez-la ! de Christian Siméon (Éditions de L’avant-scène), mise en scène de Michel Fau

Crédit photo : Philippe Savoir

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Brûlez-la ! de Christian Siméon (Éditions de L’avant-scène), mise en scène de Michel Fau 

L’œuvre de Scott Fitzgerald – Gatsby le Magnifique, Tendre est la nuit…- appartient au roman mythique américain de l’entre-deux-guerres, rompant avec la tradition de l’être confronté à la Nature, pour lui préférer les fêtes des Années folles, l’amour et la quête de l’absolu, à travers la figure attirante et redoutable d’une femme fortunée.

Avec son épouse Zelda, l’écrivain s’est identifié à son époque, fastes du jazz et prospérité, tout en n’échappant pas à l’appréhension de l’échec et de la chute.

En 1929, le krach financier de Wall Street fait écho à l’écroulement psychique de Zelda : suivent dépression et oubli après la popularité, maladie et difficulté d’écrire.

Les séductions et les maléfices du mirage américain ont pris le couple pour victime.

Fitzgerald, amoureux de cette fille de magistrat d’Alabama, Zelda Sayre, en a fait le modèle séduisant et fantasque de ses portraits divers de femmes émancipées.

Le couple émigre en France en 1924, installé à Saint-Raphaël, l’homme de lettres écrit la première version de Gatsby le Magnifique. Il boit de plus en plus et la vie désordonnée du couple devient difficile. Tentant de rivaliser avec lui sur le plan artistique, Zelda s’adonne à la danse de manière obsessionnelle ; en 1929, elle est internée dans une clinique suisse. En 1931, ils retournent aux États-Unis.

La prose somptueuse de l’écrivain porte un regard introspectif sur Zelda et lui-même.

Christian Siméon, à la demande du comédien et metteur en scène Michel Fau et de la comédienne Claude Perron, s’est penché avec compassion et humour sur la figure de femme laissée-pour-compte, abandonnée, trompée par son époux, reprise, puis internée dans un hôpital psychiatrique américain où elle succombe, quand un incendie détruit l’établissement. La femme fatale a joué aux jeux de la séduction, belle et pleine d’esprit, elle se choisissait des hommes séduisants pour amants.

Libre pour l’époque, séductrice et amoureuse de la vie et de ses terrains de jeu – le court de tennis dans la scénographie de Emmanuel Charles en est une métaphore -, Zelda est subversive et provocatrice dans l’âme, une image irrecevable toujours.

Claude Perron, ludique et malicieuse dans le costume aérien et diaphane de David Belugou, apparaît en sylphide de ballet russe, un sujet de danse auquel elle aurait voulu s’identifier car elle avait naturellement la fibre artistique, elle aussi : elle tenait un journal dont l’époux a su se servir. Mais entre les amours des uns et des autres, la femme douée et sensible s’est peu à peu défigurée et détruite.

La comédienne, enfermée dans sa résidence médicale comme une Alice Au Pays des merveilles devenue trop grande pour la maison miniature qui l’aliène, n’est jamais dupe, ironique et moqueuse, le plus souvent. Oui, elle a été cette icône de rébellion ratée, initiatrice de l’autonomie de la femme dans sa vie, ses amours et ses projets d’accomplissement. Elle esquisse dans la grâce de jolis pas de danse. Du rire, de la désinvolture, de la loufoquerie, l’interprète libère aussi une vraie compassion pour cette danseuse qui s’est battue contre l’état d’une société oppressive, machiste et réduisant la femme à l’état de faire-valoir de l’homme.

Une prestation admirablement réussie sous la conduite de Michel Fau et en compagnie de Bertrand Schol, un Fitzgerald, bellâtre de courts de Rolland Garros.

Véronique Hotte

Théâtre du Rond-Point, du 25 mai au 19 juin. Tél : 01 44 95 98 21

 

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