Petits Contes d’amour et d’obscurité, écriture et mise en scène de Lazare

Crédit Photo : Hélène Bozzi

 

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Petits Contes d’amour et d’obscurité, écriture et mise en scène de Lazare 

Après deux spectacles Au pied du mur sans porte et Rabah Robert, Touche ailleurs que là où tu es né, le public parisien du Studio-Théâtre de Vitry, en co-programmation avec le CentQuatre-Paris, découvre à présent Petits Contes d’amour et d’obscurité, une création nouvelle du concepteur et auteur Lazare que la singularité à inventer un plateau scénique selon une vision bien déterminée, intrigue.

L’efficacité du jeu des comédiens sur la scène est vérifiable, tous engagés dans la fièvre et l’emportement, occupés d’abord d’eux-mêmes avec cœur et feu, puis dans leur relation à l’autre – partenaire de hasard ou ami proche – et enfin leur rapport au monde, répondant dans l’engouement d’un tac au tac de tel geste et telle réplique.

Quant aux arts du cirque et du trapèze, quant à l’art du clown, au théâtre d’ombre et à la déclamation verbale et corporelle, les interprètes Laurent Cazenave, Julien Lacroix, Philippe Smith et le musicien Florent Vintrigner répondent avec panache à cette invite poétique que requiert la scène de théâtre, surtout celle signée Lazare.

En effet, l’esthétique de l’artiste se fonde sur l’art de la rupture – distorsion ou dissociation, fragmentation ou décomposition. Sous le signe de petites musiques et scènes, d’un décor dessiné avec paravents transparents ou bien en miroirs – une réflexion sur le double -, l’ensemble se rompt soudain et le fil narratif se désagrège.

La première partie du spectacle inspirée par le texte de Lazare Les Illisibles aurait plutôt à voir avec l’univers masculin, si ce ne sont les présences radieuses de l’acrobate et comédienne Claire Nouteau qui joue les Ariel shakespeariens, monte dans les airs avec élégance à l’aide d’une corde, faisant ses pirouettes dans les hauteurs, tandis que Laurie Bellanca, jeune mère féérique, robe blanche et longue chevelure blonde, conquiert les cœurs.

Le paysage du conte – horreurs et frayeurs, violences et hurlements – est au rendez-vous de ces enfants turbulents et facétieux. Untel d’un côté, est amoureux de la belle acrobate, Agnès, qui ne consent à montrer sa petite culotte qu’à d’autres galopins plus malins qui, eux, aimeraient de leur côté s’approprier la belle voiture volante que le premier, l’amoureux éconduit, possède en vrai fils de bobo et en dépit de sa bêtise.

Amours et amitiés enfantines, bagarres et luttes, cris et hurlements de révolte et de dissidence, les acteurs ont fort à faire sur le plateau. Gesticulant, se déguisant, se masquant, apparaissant puis disparaissant, les interprètes pris par leur folie propre qu’ils associent aussitôt à celle de leurs comparses, vivent un enfer dans la cour de récréation généralisée qu’est devenue leur existence, et celle-ci restera un cauchemar, au-delà du temps passé de la prime jeunesse et des vertes années.

Références loufoques de cinéma et du théâtre de Feydeau, l’armoire en tant qu’accessoire ne perd pas sont temps, accueillant des locataires malgré elle.

À ce meuble de chambre de théâtre bourgeois, répond dans la seconde partie de la pièce inspirée par le texte Quelqu’un est Marie, un balai domestique sorti de L’Apprenti Sorcier, remisé et doué de parole, las de ne servir plus à rien.

L’univers de ce second volet est davantage féminin, même si le fantôme vivant de l’époux défunt – Axel Bogousslavsky – ne cesse d’arpenter le plateau, dansant librement avec une légèreté ludique et refusant qu’on parle de lui, en considération du respect dû au mort.

L’épouse est aux commandes de la situation – belle dame aux longs cheveux, échangeant avec une autre figure féminine aussi gracieuse mais plus jeune d’une dizaine d’années : est-ce elle même – ou bien sa fille – un double de toute façon ?

Les images s’imposent comme une mise en abyme de petits chaperons rouges successifs, ne perdant ni leurs atours ni leur âme de l’enfance à la maturité.

Invectives, prises à partie, demandes et requêtes – violence et agressivité mordante -, les relations ne sont guère harmonieuses mais dissonantes, et les deux actrices Anne Baudoux et Laurie Bellanca jouent avec habileté autour de la table, assises ou amorçant leurs glissades pour atteindre l’adversaire, entre diatribes et belle colère.

Ces Petits Contes d’amour et d’obscurité auraient gagné en clarté et persuasion si l’on avait de temps à autre tordu le cou au principe de rupture et à l’attente différée.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de Vitry, en co-programmation avec le CENTQUATRE-PARIS, du 7 juin au 16 juin. Tél : 01 46 81 75 50

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