La Demande d’emploi de Michel Vinaver, mise en scène de Gilles David

Crédit Photo : Brigitte Enguérand

La Demande d'emploi - Vinaver - David - Studio-Theatre

La Demande d’emploi de Michel Vinaver – Mise en scene Gilles David – Decor Olivier Brichet – Costumes Bernadette Villard – Lumieres Philippe Lagrue -Studio Theatre – Comedie-Francaise – mai 2016 – avec Alain Lenglet : Fage, Clotilde de Bayser : Louise, Louis Arene : Wallace, Anna Cervinka : Nathalie © Brigitte Enguerand

La Demande d’emploi de Michel Vinaver, mise en scène de Gilles David

Ce à quoi s’applique l’activité rétribuée – place, situation, travail, gagne-pain, boulot, job -, correspond à l’emploi. On cherche et on trouve peut-être un emploi, on le garde ou on le perd, on est licencié ou bien on est congédié, on est alors sans emploi.

La terminologie économique en quarante ans ne s’est pas usée à tant se répéter.

Ainsi dans La Demande d’emploi (1971-1972) de Michel Vinaver, le cadre Fage, éliminé de son entreprise après une restructuration, est en quête d’un nouvel emploi. Il postule dans une société de renom dont Wallace, le directeur des ressources humaines – appellation non répertoriée au début des années 70 -, ne cesse au cours d’entretiens successifs, de le harceler de questions multiformes et intrusives, pénétrant peu à peu sa vie privée, telle une traque masquée à peine et susceptible de déceler des aveux inconscients – rêves, secrets et mystères cachés ou bien tus.

Peu importe le flot impressionnant et la teneur intime des questions de l’enquêteur ; les thèmes professionnels imposés se mêlent aux préoccupations personnelles de l’enquêté qui répond en même temps aux questions de son épouse attentive, Louise, et de sa fille, Nathalie, jeune fille pressée de réformer un monde injuste. Ce qui compte est la lutte engagée, le rapport de force entre l’agression verbale et la capacité réactive de l’autre, un combat entre question cinglante et répartie à travers une relation de maître à valet, d’expérimentateur à cobaye, selon Anne Ubersfeld.

L’interrogé, le « coupable », fait briller les mille facettes d’une parole satisfaite et valorisante dans un milieu privilégié, soit « le discours pseudo-écologiste romantique, de la musique, du sport… », une argumentation sur le bienfait d’être actif, la passion du ski, le bonheur de concevoir un enfant – un ensemble réglé de valeurs bo-bo.

Le héros demandeur excelle dans les contacts humains et répond en performer à Wallace et à son épouse à la fois, tout en prêtant l’oreille aux remarques de sa fille :

« Ne te laisse pas déporter suis bien la courbe de la combe… Après il y a un mur d’une quarantaine de mètres il est étroit tu es obligé de le prendre schuss… Et puis après ça va tout seul… »

La mise en scène de Gilles David joue avec adresse des trente variations de la structure dramatique de La Demande d’emploi, avec notamment les lumières de Philippe Lagrue qui ponctuent l’ouverture et la fermeture des scènes exposées.

Vif est le rythme de la danse esquissée de ce beau quatuor, dépliant à l’infini toutes les probabilités de déplacements et les capacités de mouvements à l’intérieur d’une scénographie élaborée par Olivier Brichet – tendance art contemporain -, piste de neige, surface vierge ou page blanche d’un monde à venir que les acteurs arpentent. Les interprètes montent et descendent, se rapprochent ou s’éloignent les uns des autres, lançant leurs répliques dans la brièveté et la belle alternance du doute et de la certitude. Louis Arene est un Wallace diablotin, volant et bourdonnant tel un insecte échappé d’un essaim, entourant Fage et l’enfermant de ses circonvolutions.

Clotilde de Bayser prouve à tout instant la qualité de sa présence auprès de son mari, et Anna Cervinka est une jeune fille attachante et douée, à l’écoute des bruits sociaux. Quant à Alain Lenglet, il incarne un demandeur d’emploi capable de bouger, de se remettre en question, fidèle à ses idées et s’ouvrant à une perception autre.

Il réfléchit, écoute et tente de ressaisir toujours les zones d’ombre qui lui échappent.

Une partie de ping-pong vive et brillante à quatre joueurs facétieux et inlassables.

Véronique Hotte

Studio-Théâtre de La Comédie-Française, du 26 mai au 3 juillet. Tél : 01 44 58 98 58

 

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