L’École des femmes de Molière, mise en scène de Christian Schiaretti

Crédit Photo : Jean – Christophe Bardot

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L’École des femmes de Molière, mise en scène de Christian Schiaretti 

Deux Centres dramatiques nationaux – les Tréteaux de France et le Théâtre National Populaire – se sont associés pour créer l’École des femmes, sous l’égide de deux maîtres d’œuvre aguerris, d’un côté Christian Schiaretti et de l’autre, Robin Renucci, une rencontre qui relève de préoccupations communes d’éducation populaire.

Arnolphe, le protagoniste mis à la question par Molière, est un barbon dans l’âme qui s’estime entièrement satisfait de l’entreprise personnelle et patiemment préméditée qu’il s’est donnée : acquérir, en toute sécurité et garantie, la meilleure épouse possible, tout en s’assurant – serait-ce possible – de jamais être trompé. Obéissant à un mouvement de repli égoïste, l’homme d’âge avancé élève à l’abri du monde sa pupille Agnès, recueillie à l’âge de quatre ans. Le protecteur considère abusivement sa protégée devenue jeune fille comme son bien et son épouse à venir. Et afin qu’Agnès soit réduite à la valeur d’objet féminin pour son propriétaire masculin, la jeune fille est gardée depuis l’enfance, de manière préméditée, dans l’ignorance de l’’amour et de l’éducation : « cloîtrée intellectuellement, enfermée physiquement comme une marchandise dans un coffre-fort », selon les mots de Christian Schiaretti. L’acquiescement conjugal féminin au moment du mariage devrait résulter d’une absence totale de point de vue patiemment entretenue par l’abuseur. L’École des femmes ouvre la période des grandes comédies de Cour dont la problématique reste éternelle, « l’inquiétude des hommes face aux femmes, le désir de maîtriser le mystère féminin, l’abus de pouvoir des hommes. » La pièce crée l’assentiment.

Avec le rôle d’Arnolphe confié à Robin Renucci – visage expressif de grande mobilité et silhouette mouvante toujours en équilibre – la comédie de Cour révèle les origines farcesques du théâtre. Un parquet de bois légèrement surélevé sur le plateau, une rangée de torches alentour pour joli éclairage, un décor enfantin de carton pâte – des paravents naïvement peints qui s’ouvrent pour pénétrer la maison d’Arnolphe -. la scénographie annonce un univers ludique, consciemment joueur et amusé, qui contrevient à l’atmosphère mortifère d’enfermement voulu par ces vies minuscules.

La mise en scène prouve son efficacité à travers une maîtrise élaborée de la langue du Grand Siècle, une déclamation restituée et paradoxalement « naturelle » dont les acteurs jouent avec brio, répondant par des parades subtiles aux circonvolutions d’une parole à la fois ardente et contrôlée, intonations, accents et mises en relief.

Or, la « nature » de tout être vivant est rarement façonnable, et Agnès saura s’échapper, sans le savoir, à la tyrannie de son tuteur en accordant d’emblée son désir à celui du jeune Horace, figure tout juste entrevue mais absolument éloquente.

L’amour répond à l’amour, rien ne peut empêcher l’inclination, ni la danse macabre du barbon qui, avec Alain et Claudine, s’efforce à garder maladroitement la pupille.

La jeunesse reprend ses droits, et toute stratégie de contrariété n’aboutira pas.

La troupe de comédiens donne cœur et vaillance à cette fête qui tourne mal pour le maître – Seigneur de la Souche – mis à mal, malmené symboliquement et ridiculisé. Autour de Robin Renucci – victime auto-flagellée -, les interprètes assurent la leçon, Laurence Besson, Jeanne Cohendy, Philippe Dusigne, Thomas Fitterer, Maxime Mansion, Patrick Palmero, Jérôme Quintard, tous vifs et de grand souffle. Quant aux costumes de Thibaut Welchlin, ils sont de belle ligne et d’une étoffe joliment vieillie.

Une comédie inscrite dans la farce, l’expressionnisme des mimiques et  des gestuelles, tels les mouvements loufoques du jeune Horace en héros comique de bande dessinée.

Une École des femmes revisitée, rappel mémoriel d’un théâtre de la déclamation.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Épée de Bois, Cartoucherie Paris 12è. Du 1er au 12 juin. Tél : 01 48 08 39 74

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