Figaro divorce de Ödön von Horvath, texte français de Henri Christophe et Louis Le Goeffic (L’Arche Éditeur), mise en scène de Christophe Rauck

Crédit photo : Simon Gosselin

34-_img_0858.jpg

Figaro divorce de Ödön von Horvath, texte français de Henri Christophe et Louis Le Goeffic (L’Arche Éditeur), mise en scène de Christophe Rauck

La comédie en trois actes Figaro divorce commence quelque temps après Le Mariage de Figaro de Beaumarchais, précise l’auteur de langue allemande Ôdön von Horvath. Pour ce visionnaire, les problèmes de révolution et d’émigration sont intemporels, actuels aux époques diverses, tout bouleversement ayant à voir avec le mépris ou le respect de la notion d’humanité, selon la préface du dramaturge.

Pour le metteur en scène et directeur du Théâtre du Nord de Lille Christophe Rauck, l’histoire de Figaro divorce, «comédie douce-amère pleine d’ombre et de mélancolie» commence par la fuite des personnages du Mariage de Figaro, entre la France de la Révolution et l’Allemagne des années trente. Figaro a changé, il n’est plus le héros progressiste enjoué et acquis aux idées révolutionnaires. Émigré, barbier, il s’est métamorphosé en homme de compromis et en petit bourgeois conservateur. Habité par cette inquiétude sombre due à l’exil et à la peur de perdre son commerce, l’ancien valet du Comte Almaviva est en proie à des états d’âme qui le rendent sourd au désir d’enfant de Suzanne. Celle-ci, en tant que camériste de la Comtesse puis dépossédée de ce service ancien, accède douloureusement à une conscience lucide et libre : elle aspire à construire une famille heureuse dans une vie nouvelle.

Inconstance masculine d’un côté, émancipation féminine de l’autre, désir de réussite sociale de l’homme et vœu de bonheur amoureux de la femme aux valeurs nobles.

Sur la scène, s’impose un vaste plateau nu avec, dans l’obscurité du début et de la fin de la représentation, un cerf aux beaux bois de théâtre d’ombre, un rappel de la forêt viennoise et d’une humanité réduite à « une faible lumière dans les ténèbres », sur fond de ciel nuageux changeant, de brume instable sous un climat peu clément.

Pourtant, les personnages en question n’en finissent pas de se débattre afin de survivre et de se débrouiller bon an mal an quand on a tout perdu, cherchant la lumière et l’évidence d’une vie simple et bien remplie, un rêve populaire fondateur.

Le peuple des garde-frontières qui voit passer les migrants – étrange ré-actualité dans la reviviscence de ces déplacements – est convié à être entendu, se méfiant de ces « privilégiés » et de leurs serviteurs qui fuient et changent de pays, tentant de sauvegarder un luxe perdu en vendant des biens ou en trompant l’honnêteté. La parole de comptoir est d’autant mieux partagée que le jeu de la caméra vidéo démultiplie des profils hauts en couleur, peuplant la scène d’un monde quotidien.

Un salon de coiffure, celui de Figaro et Suzanne, est installé avec prestance – rangs de casque-séchoirs, blouses de travail dans le bavardage de clients et de coiffeurs.

Les scènes cinématographiques se succèdent tandis que les lieux varient – forêt, station de sports d’hiver, bijouterie cossue, café, bureau de fonctionnaire de police… -, et çà et là dans la musique projetée, planent des leaders allemands, chants et chœurs, mais aussi solos de la pianiste, chanteuse et comédienne Nathalie Morazin et du ténor haute-contre Jean-François Lombard, comédien à part entière.

John Arnold en Figaro un peu beckettien impose sa légèreté à la fois sombre et virtuose tandis que Cécile Garcia-Fogel égraine avec une conviction patiente la force de ses désirs vrais. Jean-Claude Durand est un beau Comte Almaviva déchu, un fantôme errant. Et Caroline Chaniolleau, Marc Chouppart, Flore Lefebvre des Noëttes, Guillaume Lévêque, Pierre-Henri Puente et Marc Susini sont vifs et joyeux.

Le spectacle résonne de l’écho de l’actualité immédiate et« in-tranquille », celle des migrants échouant dans des pays « étrangers » dont les tenants empêchent l’accès.

Un spectacle de notre temps dont les questions invitent à une réflexion approfondie.

Véronique Hotte

Le Monfort Théâtre, du 26 mai au 11 juin. Tél : 01 56 08 33 88

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s