« L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono par Roger des Prés

Crédit photo : Clément Val

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« L’homme qui plantait des arbres » de Jean Giono par Roger des Prés

À la Ferme du Bonheur, une heure et quart avant le coucher du soleil, Roger des Prés raconte en marchant « L’homme qui plantait des arbres », soupe au thym à la table de l’hôte et crépitements du bois qui brûle pour feu de cheminée bien-odorant.

« Un sol boisé, rempli de sources, vient-il à être mis à nu, peu à peu celles-ci s’affaiblissent, puis ensuite, elles disparaissent et si, au contraire, on se met à boiser une contrée précédemment desséchée et aride, bientôt les rosées deviennent plus abondantes, de petites sources se montrent, avec le temps, leur volume augmente», écrit en visionnaire Élie-Abel Carrière dans Les Arbres et la civilisation en 1868.

Manifeste écologique, humaniste et politique, « L’homme qui plantait des arbres », une nouvelle de jean Giono de 1953, raconte l’égarement d’un marcheur et randonneur dans une région aux confins des Alpes de Haute-Provence. Le voyageur rencontre un berger solitaire qui, «avec une obstination dans la générosité la plus magnifique», plante des arbres, jour après jour, gland après gland, et fait ressurgir en quarante ans une forêt, redonnant vie à une région laissée à l’abandon et au désert.

Lors de la Première Guerre mondiale puis la Seconde, le berger poursuit sa mission, comme placé hors de la fureur humaine bien qu’il ne fabrique que de la « réalité ».

Sur le chemin de randonnée poétique, théâtrale et écologique de Roger des Prés, grondent les bombardements de 14-18, et les discours de Pétain et de Gaulle.

La ténacité dont s’émeut le narrateur qualifie le berger : « Quand je fais le compte de tout ce qu’il a fallu de constance dans la grandeur d’âme et d’acharnement dans la générosité pour obtenir ce résultat, je suis pris d’un immense respect pour ce vieux paysan sans culture, qui a su mener à bien cette œuvre digne de Dieu. »

Être dissident écologique, résistant aux pouvoirs économiques nuisibles à la nature.

L’anticonformiste et l’irrésigné Roger des Près incarne le voyageur avec panache, béret noir sur la tête, chaussures de randonnée, bâton de marcheur et sac à dos. Entre sensibilité poétique, savoir scientifique et engagement pour la protection de l’environnement, l’artiste ouvre les yeux sans ciller sur la nature et les saisons, il a le secret de l’attention portée à la terre et au ciel, aux plantes et aux bêtes, à « l’envers de ce qui est au-dedans de nous » (Thoreau – Walden ou la vie dans les bois -1854).

Le comédien et concepteur mène son public à la baguette, l’entraînant à pied, depuis la friche urbaine de la Ferme du Bonheur – Favela Théâtre et salle-parquet de bal forain, basse-cour, bergerie, écurie, potager, truie et paons –, longeant les jardins de l’Université de Nanterre jusqu’au Champ de Garde, la dernière friche sauvage et libre de la ZAC prolongeant l’axe des Tuileries et du quartier tentaculaire d’affaires de La Défense. Un chantier urbain de grande désolation avec ses images terrifiantes de tours et barres d’immeubles de béton, ses bruits assourdissants dus à la proximité du réseau RER, de l’A86 ; puis le silence de chemins plus tranquilles, couverts d’herbes et de végétation survivante, espaces libres où la Nature reprend ses droits.

Sur quelques quatre hectares, en attente de «promotion» immobilière, l’original et singulier Roger des Prés réinvente depuis vingt-quatre ans une culture terrestre et immatérielle dans le PRÉ de la Ferme du Bonheur, le Parc Rural Expérimental.

En marchant sur ce territoire, Roger des Prés raconte «l’homme qui plantait des arbres», accompagné de Jaki, ex-SDF hébergé depuis huit ans, berger au béret et à la belle houppelande, suivi des moutons et de Dakodak, la chienne Border Collie.

L’herbe de ce mois de mai pluvieux et lourd est bien verte et parsemée de pâquerettes, un tapis moelleux de mousse naturelle et de verdure accueillante.

Retrouver les arbres, le chêne, le bouleau et le hêtre, ne revient pas à s’installer dans la forêt pour y vivre en ermite mais à connaître la vérité – sa vérité – qui échappe, la voix juste qui s’éloigne de soi et qu’on ne ressaisit que dans la retraite. L’intérêt pour la nature relève d’une visée humaniste, soit la sauvegarde d’un environnement nécessaire à l’être et de lieux de régénération pour l’humanité future.

 Support de la rêverie, l’arbre s’élève dans les airs, symbole de vie renaissante et recommencée. Lieu d’équilibre, il associe l’eau, la terre et le ciel, liant le visible à l’invisible. Le premier lieu saint a sans doute été un arbre dressé près d’une source.

Le spectateur promeneur a plaisir à suivre cette aventure, expérience qui renoue avec la « réalité » et se fraye un chemin hors des espaces urbanisés de la civilisation post-moderne pour tenter de retrouver le fond solide d’un pur sentiment existentiel.

Véronique Hotte

La Ferme du Bonheur, 220 avenue de la République à 92000 Nanterre, RER A Nanterre-Université. Tél : 01 47 24 51 24

Du 25 mai au 12 juin, le mercredi, le samedi et le dimanche.

Mercredi 1er juin : 20h34.
Et dans le cadre de l’opération nationale « Le RDV aux Jardins », Giono en final d’un week-end complet de 1001 activités agro-poétiques sur les terres de la Ferme du Bonheur, « La Fabrique du P.R.É » : Samedi 4 juin : 20h36 / Dimanche 5 juin : 20h37
Mercredi 8 juin : 20h40
Samedi 11juin : 20h42
Dimanche 12 juin : 20h42

Du 21 septembre au 6 novembre, le mercredi, le samedi et le dimanche.

 

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