Sweet Home – Sans états d’âme, texte de Arthur Lefebvre, conception et mise en scène de Claire Dancoisne -Le Théâtre de la Licorne

Crédit photo : Pascal Gély

SWEET HOME

SWEET HOME Une creation du Theatre La Licorne Texte d Arthur Lefebvre Mise en scene de Claire Dancoisne Avec : Rita Burattini Lieu : La Maladrerie Ville : Gravigny Le : 27 05 2016 © Pascal Gely

Sweet Home – Sans états d’âme, texte de Arthur Lefebvre, conception et mise en scène de Claire Dancoisne

Sweet Home – Sans états d’âme, un petit polar de La Licorne, compose un spectacle-thriller, une forme théâtrale cinglante à deux degrés ou bien une « partition à deux mains », selon la conceptrice Claire Dancoisne qui réalise l’écriture visuelle d’un théâtre d’objets tant expressif que facétieux pendant qu’Arthur Lefebvre compose une trame verbale bien frappée et claironnante. Le conte noir fraie avec le suspens – peur, horreur, humour et cynisme.

La comédienne-interprète et artiste de cirque Rita Burattini incarne la protagoniste, une anti-héroïne choisie, l’abstraction paradoxalement vivante d’une femme sans âge, immensément seule, qui vit recluse dans un appartement, un immeuble dont elle a été la première habitante. De nouveaux arrivants trop envahissants à son goût ont investi les lieux – affreux, sales et méchants -, considérés sans la moindre pitié.

Il faudra à la primo-arrivante se débarrasser sans état d’âme de ces voisins gêneurs.

Ce fantasme d’éradication des autres, de fermeture à l’étranger et à la différence, de repliement sur sa pauvre petite vie à soi, grandit la dame à ses propres yeux.

En voisine infernale et butée, elle s’assure les moyens de sa guerre, accessoires et couteau, et jusqu’à la contemplation satisfaite du spectacle macabre de ses victimes – chat de gouttière, chien de rue et oiseau de rebord de fenêtre urbaine.

Rien ne manque au répertoire des stratégies inavouables et des petits coups bas : lettres d’insultes et de rejets déposées à la sauvette dans les boîtes aux lettres ennemies, puis réponses rédigées de ces derniers déposées sur le paillasson d’entrée : la réceptrice les jette sans ambages dans sa grosse poubelle dévoreuse.

La vie n’est pas tranquille, et la combattante reste sur le qui-vive et l’urgence.

Petites lunettes aux yeux bleus immobiles, perruque blonde synthétique, ensemble printanier rose à robe courte et talons hauts, la tenue de la maîtresse des lieux est colorée – expression décidée et tonitruante d’une vision bien tranchée de la vie.

Les objets sont à la fois des armes et des obstacles à franchir, un monde dur et vindicatif à s’approprier dans l’instant présent et le moment immédiat.

Menue et musclée, vive et tenace, Rita Burratini hypnotise le public attentif aux déplacements de l’interprète qui se meut lestement dans un espace plutôt réduit, difficultueux et encombré, parsemé de barrières montées et créées illico presto.

Une rangée de boîtes aux lettres accrochées au mur humble d’un couloir, une porte d’entrée, une table de formica bleu, de petits espaces de travail et des tiroirs de cuisine ici et là, la comédienne se déplace à la fois avec aisance et comme sur des œufs, enjambant ce qui l’empêche d’avancer, simulant la station assise en pliant une jambe sur l’autre, et initiant à n’en plus finir une mimique et des gestuelles inouïes. Enfermée dans un monde hermétique, elle ne parle qu’à sa seule conscience.

La mauvaise fée commente ses propres victoires et fait l’inventaire de ses trophées : les couples de voisins qu’elle a « dégagés » de son entourage ont tous subi une chute fatale dans un néant aspiré par l’imaginaire noir de la dame sans cœur.

Les disparus se replient, morts, dans des boîtes-sarcophages, reproduits encore dans l’espace de leur habitacle, sortes de poupées-squelettes-gigognes, figurines macabres assises à table ou dans le fauteuil de leur intérieur aujourd’hui anéanti.

Quand la sorcière ouvre la fenêtre de son appartement, un objet dans la main en guise de poignée, elle semble faire de l’autre main un signe sympathique à untel.    Or, dès que la fenêtre est refermée, les jurons, les insultes montent à la bouche de celle qu’on croyait voir paisiblement contempler le paysage familier alentour : la femme, isolée volontaire, ne s’attendrit jamais et ne montre nul signe de compassion.

Les objets rares et expressifs de Maarten Janssens et Olivier Sion, métaphoriques de la vie au jour le jour d’une petite classe moyenne, sont percutants, à la fois légers et grenus – nappe, tablier ou matière du chat et de l’oiseau, des formes surréelles.

Une alarme de voiture en guise de fantasme policier impose sa stridence bleue.

La peinture de Chicken et la toile de fond de Deflet Runge relèvent du grunge – un cadre attachant de fabrication artisanale, un patchwork de paysage existentiel.

Et nous ne parlons pas de l’absence de la fameuse Jacqueline, la rivale énigmatique de l’héroïne, recluse au sous-sol sous la plaque de plomb d’une bouche d’égout.

Cet univers radical résonne fort dans les consciences spectatrices, comme l’évocation sans sourdine, juste et trash, du timbre sec de nos relations quotidiennes.

Véronique Hotte

Évreux, Scène nationale d’Évreux-Louviers, les 25 et 26 mai

Villeneuve les Avignon, Festival Villeneuve-en-scène, le Cloître de la Collégiale, du 8 au 21 juillet (relâche le 14) – Sweet Home à 19h et Macbêtes à 21h.

Bussang, Théâtre du Peuple, du 4 au 27 août – Macbêtes, mercredi, jeudi, vendredi et samedi. Tél : 03 29 61 50 48

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