Page en construction, texte de Fabrice Melquiot (L’Arche Éditeur), mise en scène de Kheireddine Lardjam

Crédit photo : V. Arbelet

Page en construction 300 bouquet ©V.Arbelet (16)

Page en construction, texte de Fabrice Melquiot (L’Arche Éditeur), mise en scène de Kheireddine Lardjam

Dans le lointain, un écran vidéo vertical et élevé dans les airs, avec ses cases compartimentées où défilent des images d’archives et de documentaires, de journaux d’infos relatant les événements qui ont trait aux rapports tendus et distendus avec l’Algérie – hier, aujourd’hui et dans l’actualité la plus immédiate.

Sur la scène, des acteurs musiciens se tiennent, l’une à son micro, les autres près de leur instrument – Sacha Carmen au chant et à la guitare, Larbi Bestam au chant et au luth et Romaric Bourgeois au chant, à la guitare électrique et à la mandole.

Au centre, en vedette solo rayonnante, l’acteur et metteur en scène Kheireddine Lardjam qui invente son propre personnage scénique, entre réel et imaginaire, un citoyen franco-algérien déchiré du côté de ses deux pays – l’Algérie et la France. « Entre nos deux pays, il y a une fêlure. On la voit sur la Méditerranée, quand on la survole en avion ; une strie se dessine, longue de plusieurs centaines de kilomètres, presque parallèle à nos côtes», dit le narrateur, acteur et personnage de Page en construction de Patrice Melquiot auquel a été faite commande de la pièce.

Soit l’histoire de Kheireddine Lardjam, metteur en scène jurassien, que l’auteur savoyard inscrit royalement sur le plateau du théâtre, l’un et l’autre étant en lien – coups de fil de l’acteur à l’auteur avec précisions et détails consentis – lors de l’écriture préalable et dans l’avancée même du jeu scénique et de la représentation.

Une mise en abyme, un miroir renversé de soi à l’autre – Kheireddine Lardjam est un héros fictif dont le théâtre s’accomplit des deux côtés de la mer Méditerranée.

Au-delà des blessures laissées dans les corps et les cœurs par la Guerre d’Algérie, le spectacle se veut musical et festif, ludique et enjoué, entre concert, vidéo et B.D.

D’ailleurs, les beaux dessins de Jean-François Rossi composent un univers de comics bien frappés et percutants, avec ses icônes de superman franco-algérien, une boutade en passant car il n’est connu de superman en Algérie que Mahomet.

Or, l’aventure théâtrale est amusée et amusante, à la fois enfantine et audacieuse.

Le comédien n‘hésite pas à se livrer : il enfile sur le plateau ses panoplies diverses – Algéroman et Man Maghreb – étonné, pressé d’en découdre pour construire aujourd’hui des relations de fraternité et d’égalité entre la France et l’Algérie.

Aspirant à soulever la chape de silence qui recouvre l’Histoire commune des deux pays, Lardjam se souvient – à travers la parole empathique de Melquiot – et met en scène son propre périple intérieur – expériences initiatiques, prises de conscience et accès à la maturité. Être soi revient à se reconnaître à la fois Algérien et Français, arabe et féminin, hors des sentiers battus des stéréotypes féminins et masculins.

La performance s’accomplit avec humour, distance et ironie, un quant à soi aguerri.

Le spectacle apparaît généreux, comme le comédien, les musiciens et la chanteuse, il ouvre joyeusement à une altérité salutaire afin de retrouver le fond universel et commun à chacun quel qu’il soit, terreau indispensable à la Page en reconstruction.

Véronique Hotte

Théâtre de l’Aquarium – La Cartoucherie Paris 12e, du 10 au 22 mai.

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