« Je chante l’homme et ses armes », poèmes d’Aragon, chant et interprétation Sandra Aliberti, violon, batterie, guitare, chant Lionel Mendousse, piano numérique, guitare, batterie, chant Bertrand Ravalard, accompagnement de mise en scène Clotllde Ramondou, lumières Jacques Besse

ARAGON  Courcelles sur Yvette 218

« Je chante l’homme et ses armes », poèmes d’Aragon, chant et interprétation Sandra Aliberti, violon, batterie, guitare, chant Lionel Mendousse, piano numérique, guitare, batterie, chant Bertrand Ravalard, accompagnement de mise en scène Clotllde Ramondou, lumières Jacques Besse

Comment évoquer un monde qui change, un monde en guerre, la « domination de l’homme par la brute »? Ainsi, s’interroge Louis Aragon dans La Rime en 1940.

Rime enjambée ou rime décomposée, rime frottée au réel et alors heurtée, la poésie est une planche de salut. Et quand l’homme est humilié, elle fait chanter la vie, renouant avec l’épopée, l’héroïsme, le mystère et le sacré.

Confrontée à l’ennemi nazi, la seconde guerre mondiale donne au poème d’Aragon le pouvoir de convoquer le merveilleux – le chevalier, le troubadour, le magicien, le héros antique.

« Arma virumque cano... »
: « Je chante les armes et l’homme…  »

Ainsi commence L’Enéide, ainsi devrait commencer toute poésie. (« Je chante l’homme et ses armes… » Préface aux Yeux d’Elsa, février 1942.)

À travers des poèmes de 1925 à 1946, le spectacle convoque le chant populaire, l’engagement politique et les expérimentations surréalistes initiales :

« Qu’est-ce que l’amour ? – Un anneau d’or dans les nuages. Qu’est-ce que la mort ? – Un petit château fort sur la montagne… – Un palais fermé par les plantes, un glaçon sur le cours de la ville, un regard vers le paradis. »

Le Mouvement perpétuel 1925 (Une fois pour toutes)

 

Rappelons qu’au-delà de sa fidélité au Parti communiste huée lors des événements de 1968, Aragon fait partie des écrivains – Malraux, Leiris, Gracq, Prévert – qui considèrent le poète face à la révolution : Mais la jeunesse que nous sommes/ marche avec l’étoile à son front / non dans le ciel des anciens hommes / mais sur la terre sans patron – Hourrah l’Oural ! (1934) – Les Amants de Magnitogorsk.

Ou bien encore :

« Ma patrie est comme une barque /Qu’abandonnèrent ses haleurs /Et je ressemble à ce monarque / Plus malheureux que le malheur /Qui restait roi de ses douleurs. » Richard II (1940/41) – Le crève cœur – mis en musique par Colette Magny en 1991.

Après une jeunesse surréaliste, la poésie d’Aragon a connu deux périodes fastes: la première coïncide avec la Seconde Guerre mondiale et assimile la France à la femme aimée, le patriotisme à l’élan amoureux : «  Ô mon amour ô mon amour toi seule existe /À cette heure pour moi du crépuscule triste/ Où je perds à la fois le fil de mon poème / Et celui de ma vie et la joie et la voix / Parce que j’ai voulu te redire Je t’aime /Et que ce mot fait mal quand il est dit sans toi. »- Le Crève-Cœur (1940) – Zone libre À Elsa, chaque battement de mon cœur.

La deuxième période précède, entre 1956 et 1963, les œuvres ultimes du romancier, et Le Roman inachevé en1958 est un chef-d’œuvre de la poésie lyrique moderne. La création lyrique culmine dans Le Fou d’Elsa (1963), poème épique qui retrace la chute de Grenade (1494), décrivant aussi la civilisation islamique de l’Andalousie.

Hommage rendu à la figure du poète, le spectacle musical et chanté par les musiciens chanteurs – Lionel Mendousse et Bertrand Ravalard – et la comédienne chanteuse – Sandra Aliberti – est aussi une forme théâtralisée avec voix et instruments sonorisés.

Comme les prédécesseurs Georges Brassens, Leo Ferré ou Colette Magny, le spectacle met en musique la poésie sonore et lyrique d’Aragon, jouant avec la dimension électrique, les textures contemporaines et les arrangements : ainsi, le note le fougueux Lionel Mendousse, « piano Rhodes, orgues, guitare électrique, boucles échantillonnées viennent animer la scène sonore et compléter les sonorités acoustiques plus classiques du violon ou du piano. »

La tradition poétique du vers français bat son plein, chanson française, rock et rap. Quelques textes dits éclairent le contexte historique et poétique, sans didactisme. Le public est à l’écoute de ces monuments connus et moins connus dont la redécouverte lui est plaisante encore, sonnant si juste avec le quotidien trivial d’une société malmenée pour accéder à cette résonance de l’écho artistique du verbe.

Piquant de-ci delà, le spectacle est un enchantement de musique et de chant, de belle tenue poétique et scénique, qui œuvre à retrouver un poète de notre temps.

Véronique Hotte

Maison des Métallos, les 6 et 7 mai

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