Peer Gynt d’après Henrik Ibsen (1876), adaptation et mise en scène de Irina Brook, poèmes de Sam Shepard, chansons Iggy Pop – spectacle en anglais (français sur-titré)

Crédit photo : Monika Rittershaus – Jean-Claude Fraicher

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Peer Gynt d’après Henrik Ibsen (1876), adaptation et mise en scène de Irina Brook, poèmes de Sam Shepard, chansons Iggy Pop

 La metteuse en scène Irina Brook, directrice du Centre dramatique national Nice-Côte d’Azur, propose un Peer Gynt d’après Henrik Ibsen réjouissant, un spectacle musical inventif et facétieux dont le héros paradoxal, à la fois veule et valeureux dans sa quête de lui-même, évolue dans le show-biz, à la manière du héros faustien pactisant avec le diable de Phantom of the Paradise (1974) – film musical américain de Brian De Palma – transposé dans le monde du music-hall.

Comme un rappel, Irina Brook fait du héros ibsénien un musicien chanteur qui parvient à quitter son pays natal en abandonnant, chemin faisant, proches et intimes dont sa mère et la pure Solveig. Il est star et rocker dans un quartier new-yorkais; on pourrait le comparer à Iggy Pop, artiste rock – acteur, compositeur et chanteur américain – dont le groupe The Stooges, dès les sixties, est précurseur du mouvement punk. L’icône est désignée comme the Godfather of Punk dans les années 1970 et 1980, composant avec David Bowie – Nightclubbing ….

Or, Peer Gynt est décidément un drôle de héros, menteur et séducteur, qui parcourt le monde pour mettre fin d’abord aux médisances jalouses du village d’où il est originaire, déroulant toujours le fil de ses rencontres hasardeuses et improbables, ainsi le Roi des Trolls et sa fille séduite qui l’obligent mauvaisement à pactiser avec le diable : « Occupe-toi de toi seul et néglige les autres ! »

Peer Gynt s’enfuit et poursuit sa route, se perdant en tours et détours, revenant d’abord voir sa mère mourante. Vingt ans plus tard, le héros est rock star et vit dans la débauche, avant de perdre de sa morgue, décliner, et être couronné Empereur des fous. Il reviendra finalement s’éteindre auprès de la seule certitude qu’il ignorait, l’amour qu’il portait sans le savoir à la douce Solveig, devenu enfin « soi-même ».

Fantasque, poète amoureux des mots, profondément anticonformiste, Peer Gynt est porteur d’une insolence qui le proclame roi de l’illusion, des mensonges et du rêve. S’il reste une énigme pour lui-même – il a beau peler l’oignon dont il est la métaphore, il ne trouve en lui que le vide et le rien -, il n’en manie pas moins l’art de l’illusion et du songe, ces mouvements de l’âme qui, afin de survivre, élèvent l’imaginaire loin au-dessus de soi, sur le haut des montagnes atteintes à dos de renne volant.

La mise en scène d’Irina Brook est festive et conviviale, immergeant le petit et grand monde de Peer Gynt dans un imaginaire musical à la fois de pacotille et efficace – passant du classique et du traditionnel au rock funk, au jazz et à la country – et vivement coloré, dessinant des microcosmes américains folkloriques typés et datés, mêlant hippies et chapeaux de cow-boy, glamour et strass cheap de rêves de midinettes empressées de devenir chanteuses. La distribution est cosmopolite, associant acteurs, danseurs, chanteurs et musiciens venus du monde entier, de l’Inde à l’Islande, du Rwanda au Japon, de New York à Paris. Le sourire et la bonne humeur donnent un coup de fouet à l’épopée tragicomique norvégienne, illustrée de poèmes du dramaturge Sam Shepard et des chansons originales d’Iggy Pop. Parmi la distribution multiculturelle et pluridisciplinaire, se distinguent la danseuse indienne Shantala Shivalingappa qui joue la fidèle Solveig et Ingvar Sigurdsson, immense comédien islandais, qui incarne le héros et fait briller l’impossible et infatigable Peer, occupant le plateau, chantant, courant, palabrant et se questionnant intimement.

Une passerelle blanche figure les hauteurs et l’inaccessibilité des rêves osés, et les comédiens évoluent à vue sur le plateau à cour et à jardin, montant les marches du podium pour le concert, installant le lit de la mère, inventant le bar des habitués de country music.

Un spectacle ironique qui fustige par la satire les forces négatives de notre temps, faisant ainsi du peuple obtus des méchants trolls, des réactionnaires fermés aux étrangers et à la différence. Un conte coloré et cruel aux belles dimensions du rêve.

Véronique Hotte

Théâtre Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale, du 19 au 21 mai.

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