Britannicus, tragédie en cinq actes de Jean Racine, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

Crédit photo : Brigitte Enguérand

Britannicus - Racine - Braunschweig - Comedie-Francaise

Britannicus de Jean Racine – Mise en scene et scenographie Stephane Braunschweig – Lumieres Marion Hewlett – Costumes Thibault Vancraenenbroeck – Comedie-Francaise – Salle Richelieu – avril 2016 – avec : Clotilde de Bayser : Albine, Laurent Stocker : Neron, Herve Pierre : Burrhus, Stephane Varupenne : Britannicus, Georgia Scalliet : Junie, Benjamin Lavernhe : Narcisse, Dominique Blanc : Agrippine © Brigitte Enguerand

Britannicus, tragédie en cinq actes de Jean Racine, mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig

Après s’être penché sur des sujets grecs – La Thébaïde, Alexandre le Grand, Andromaque -, Racine explore la tragédie romaine, historique et politique, à travers la pièce Britannicus (1669), marchant ainsi sur les brisées cornéliennes.

« Ma tragédie n’est pas moins la disgrâce d’Agrippine que la mort de Britannicus », écrit le dramaturge dans sa préface de 1676.

À ces événements cités succèdent l’affermissement du pouvoir personnel de Néron, la révélation de sa nature criminelle et le début monstrueux du Tyran de l’Histoire.

Soit aussi la tragédie d’un frère qui tue son frère par alliance, une intrigue parfaite mêlant le thème de l’usurpation politique – Néron a dépossédé Britannicus du pouvoir légitime, aidé des manœuvres et crimes maternels – à celui de la rivalité amoureuse. Le motif humain de la passion et de la jalousie du tyran en herbe – concupiscence et plaisir à nuire – déclenche la machine tragique. Contre la manipulatrice Agrippine dont la chute est préfigurée, Néron fait enlever Junie promise à Britannicus dont la jeunesse empêche d’ailleurs la moindre clairvoyance.

Néron est un criminel médiocre, « apparemment naturel, parce qu’il oscille entre son passé vertueux qui n’est plus qu’un masque et son impatience à pouvoir s’abandonner sans frein à ses passions , entre l’influence de Burrhus et celle de Narcisse… » (Georges Forestier). Le monstre non révélé et hésitant se révèle ainsi « humainement », à travers la passion amoureuse – désir, jalousie et violence.

Dans la mise en scène lumineuse et en même temps glacée de Stéphane Braunschweig, le jeu de Laurent Stocker est d’une ambiguïté rare, laissant planer une équivoque pesante dans les temps de silence que l’empereur sait se ménager quand il affronte ses conseillers ou détracteurs. L’acteur – calme et colère froide à moins que ce ne soit cynique indifférence à tout ce qui l’entoure – interprète l’âme damnée au pouvoir. Petite figure de tyran paradoxalement magistrale, Néron est en proie à des instincts non contrôlés -, se débarrassant d’Agrippine et de Britannicus.

En face de lui, Dominique Blanc qui incarne la fière figure tutélaire de la mère – à la fois calculatrice et majestueuse – donne toute la mesure d’une humanité gauchie et blessée qui cache à son fils ses tremblements et ses mauvais pressentiments. S’abandonnant librement aux alexandrins raciniens déclamés selon l’esthétique du « beau naturel », la mère de l’empereur libère une voix cristalline aux tonalités pures et coupantes, louvoyant entre accents sucrés ou raisonneurs et échos plus sombres.

La présence féminine impériale est de grande dignité, un orgueil dont ne pâlit pas à ses côtés le jeu sensible de Junie aux réminiscences tragiques – belle et élégiaque Georgia Scalliet qui pleure pour son amant -, empêchée d’en dire davantage, prisonnière du regard de Néron qui assiste à la rupture qu’il a programmée.

Clotilde de Bayser, confidente d’Agrippine, porte la distinction grave de sa condition, et Hervé Pierre en Burrhus est un gouverneur veule et partagé, comme il se doit.

La scénographie de Stéphane Braunschweig propose une mise en abyme de ses décors précédents avec la présence insolite de portes immenses qui mènent au palais de Néron, un rappel de la même distorsion des mesures et des proportions pour le plateau scénique de son Tartuffe en 2008. Au-dessus du plateau une ouverture – un toit ouvrant – vers la lumière du ciel et l’aspiration des destins divins qui font agir des figures humaines mues par la douleur de ne pas être assez aimées.

Et pour ce qui concerne la face cachée de ces personnages raciniens – Néron surtout, et Agrippine -, une multiplicité de portes se succèdent dans la profondeur du champ de vision, donnée à l’appréciation d’un espace personnel segmenté et confiné – une installation contemporaine évoquant la possibilité des échanges et des ouvertures pourtant mis à mal entre les êtres, des portes sans couloir manipulées avec précaution et dans le silence. À l’un des tableaux finaux, le spectateur voit Britannicus empoisonné (Stéphane Varupenne) gisant sur un lit, le torse nu de blancheur sous la lumière éblouissante, un détail qu’encadre encore l’étroitesse d’une porte fermée – fatale issue -, un Fragonard qui serait sans ébats, un Verrou détourné et mis en échec dans lequel l’amant vif qui se préparait est mis à mort.

Les joutes oratoires s’entrechoquent froidement, percutantes et fascinantes : le fils et la mère si semblables dans leur ressentiment sont infiniment justes – rapprochement improbable et cœur sur le qui-vive avec l’air de n’y toucher jamais.

Véronique Hotte

Théâtre de la Comédie-Française, Salle Richelieu, du 7 mai au 23 juillet. Tél : 01 44 58 15 15

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