Les Cuisinières, une comédie de Carlo Goldoni, traduction et adaptation de Philippe Lagrue et Marie-Edith Le Cacheux, mise en scène de Philippe Lagrue

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Les Cuisinières, une comédie de Carlo Goldoni, traduction et adaptation de Philippe Lagrue et Marie-Edith Le Cacheux, mise en scène de Philippe Lagrue

 

Dans son Avis au lecteur des Cuisinières (Le Massere) – 1755 -, Carlo Goldoni précise qu’il a toujours aimé donner à sa ville, à la fin du Carnaval, une comédie de style et de caractère vénitiens. Les Cuisinières est pour le dramaturge la plus vénitienne de toutes ses pièces car représentative encore de cette nation, ne serait-ce que dans ses coutumes et le sel de ses expressions, compris par la seule Venise.

L’eau y est, par exemple, une denrée rare, et les seaux d’eau sont des bien précieux.

Le mitron part tôt le matin siffler dans les rues et dire aux cuisinières qu’il est temps de mettre le pain au four. Une coutume ancestrale accorde aux cuisinières une journée de liberté pour le Carnaval, tandis que les jeunes Vénitiens bien nés se divertissent avec elles, le temps d’une fête où les codes s’inversent. Goldoni note : « Tout ce qu’il y a de plus intéressant, ce sont les critiques et les médisances des Cuisinières sur le compte des mauvais ménages. La morale qui ne gagnerait rien sur les servantes, devient très utile pour la correction des maîtresses. » (Mémoires)

La comédie populaire des Cuisinières est rarement montée, le metteur en scène Philippe Lagrue tient à préserver la légèreté de la comédie italienne, en préservant les questions de l’égalité des sexes, de la reconnaissance sociale et de l’argent.

Le spectacle est une pochade réaliste, à la fois joyeuse et noire, dont personne ne sort indemne : les maîtres trompent leur épouse, et l’une ici se lamente quand l’autre, dans la même situation, en tire profit pour vaquer à ses plaisirs – les jeux d’argent.

Les maîtresses restent insatisfaites ou amères et font tout pour entraver les plaisirs de leur servante joyeuse. L’une force ainsi sa cuisinière à refaire ses pains pour retarder le bonheur de la Fête à venir. Les servantes sont autorisées à se rendre masquées au Carnaval et elles comptent bien s’y amuser, se moquant d’abord des convenances de leurs maîtres qui ne sont guère qu’illusion et leurre pour elles.

L’une se saisit d’une bague qu’un amant destine à son amante, elle se l’approprie pour la vendre sans scrupule à sa maîtresse, la destinataire réelle. Une cuisinière plus âgée n’hésite pas à se déguiser en jeune fille pour attirer de jeunes ou moins jeunes prétendants qui ne découvriront le mensonge qu’à la fin de l’amusement.

Or, si la manipulation et la cruauté sont le plus souvent du côté des maîtres, la comédie vénitienne révèle à ciel ouvert et dans le froid de l’hiver la circulation libre du courant maléfique, d’une classe sociale à l’autre : les cuisinières et les maîtres font preuve ensemble tout autant d’égoïsme et de petites passions inavouables.

Chacun pour soi, et tant pis pour l’autre : la pauvreté et les mauvais traitements fomentent des réactions sévères aux outrages : une stratégie de survie personnelle.

La misère n’est pas aimable, et les comédiens s’amusent allègrement, jouant les mensonges, les trahisons, les jalousies, les rivalités cachées et l’indignité privée.

Heidi-Eva Clavier en épouse trompée est parfaite de douleur et de majesté, Christian Cloarec est un époux séducteur inquiet, Zazie Delem une Zanetta cocasse comme il se doit, et Catherine Sauval une Gnese fanfaronne et calculatrice. Tous les acteurs témoignent d’un jeu scénique de malice et de goût de vivre : Baptiste Roussillon, Alain Payen, Françoise Pinkwasser Grant Lawrens, Pauline Vaubaillon…

Les rires persifleurs et les moqueries maltraitent les bons sentiments si faciles.

Une farce qui ne s’embarrasse pas des états d’âme et leur préfère la bonne humeur.

Véronique Hotte

L’Artistic Théâtre, 75011 Paris, du 3 mai au 30 juin. Tél : 01 43 56 38 32

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