Nous irons pleurer sur vos ombres – Gouelit Ma Daoulagad, spectacle de théâtre musical, conception et interprétation Yann – Fanch Kemener, musique de Sylvain Barou

Crédit Photo : Éric Legret

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Nous irons pleurer sur vos ombres – Gouelit Ma Daoulagad, spectacle de théâtre musical, conception et interprétation Yann – Fanch Kemener, musique de Sylvain Barou

« Je n’étais pas mauvais soldat, / Mais la guerre n’était pas ma loi / Et tuer je ne voulais pas / Mon capitaine, mon lieutenant, / Ont ordonné mon jugement … Je ne suis ni vivant ni mort / C’est au désert que gît mon corps. / Mon corps, dans la terre d’Algérie / Mon esprit errant jusqu’ici. » (1er chant – extrait de la prosopopée Naissance – Apparition.) En racontant la vie de son grand-oncle Julien Joa – tisserand originaire de Sainte-Tréphine dans les Côtes du Nord devenues Côtes d’Armor, marié et père de famille installé à Nantes pour retrouver le travail de tissage, embrigadé de force dans la Grande Guerre, insoumis et désobéissant aux ordres militaires, condamné dès lors à cinq années de bagne qui le font mourir avant la fin de sa peine -, le chanteur traditionnel breton Yann-Fanch Kemener rend hommage à tous les soldats répertoriés comme « non morts pour la France », les grands oubliés d’une injuste Mémoire de la Première Guerre, les « sans voix ».

L’histoire particulièrement douloureuse de ce grand-oncle rappelle au souvenir de chacun tous les soldats morts sur les champs de bataille entre 1914 et 1918 : « Ceci est l’aventure d’un malheureux soldat…En quittant son village, le chagrin l’affligeait… A pleine charreté, des cadavres de tout côté / Du sang des camarades les sillons arrosés. / Pour les pères et mères quelle cruelle destinée, / Pensant à leurs enfants, tant de peine pour les élever. » (3ème chant – Marche aux armées – Bataille de l’Argonne.) Le 11 novembre 2011, les archives nationales ouvrent leurs fonds et leurs mystères non révélés : le petit-neveu découvre avec stupeur l’histoire de Julien Joa. Il traque les moindres informations ayant trait à ce grand-oncle, souvenirs personnels, témoignages, chants, photographies, poèmes. Pour ce spectacle de théâtre musical, les carnets de Gaston Certain ont apporté leurs lumières, comme l’album de photos de Yves Troadec, les chants et témoignages collectés autour de 1970 dans le Centre-Bretagne par les chanteurs Jean-Marie Youdec ou Jean Poder.

Sur le plateau nu que décore la majesté d’un métier à tisser de bois verni auquel répondent, comme à l’identique, trois autres cadres de bois qui dressent chacun un drap blanc écru – draps immaculés de blessés ou de morts à venir, écrans pour la vidéo de Gildas Roudaut, films et photos. Le spectacle associe dans l’épure un éventail de musiques, chants, textes, extraits de carnets de notes, projections vidéo. Un espace sonore somptueux, intense et délicat, est créé par Sylvain Barou, flûtiste de musique bretonne et irlandaise qui s’adonne à la musique modale, y incorporant encore des influences indiennes, turques et persanes dans un jeu fluide et entêtant.

« Sous la pluie, sur le sol enneigé, / Pire qu’une bête dans son terrier, / Qui à part toi ma chère Maman / Pourrait comprendre ton enfant ?… Encore tuer, ou me laisser tuer / Qu’importe c’était bien assez… » (7ème chant – Gwerz de Julien Joa – La Trappe de l’oubli, le Bagne.) La voix fascinante de Yann-Fanch Kemener, soldat d’époque dans sa capote bleue de poilu, s’envole dans les airs, profondément terrienne, telle une claire eau de roche qui retient pour mieux les dévoiler les douleurs existentielles.

Véronique Hotte

Centre Culturel ATHÉNA / Ville d’Auray – scène de territoire pour les marionnettes et le théâtre d’objet, spectacle vu le 26 avril

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