Peau d’âne, d’après Charles Perrault, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux – dès 6 ans

Crédit photo : Ronan Thénadey

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Peau d’âne, d’après Charles Perrault, texte et mise en scène de Jean-Michel Rabeux – dès 6 ans.

Attraction vivante, l’âne est présent dans nos villes ou dans nos campagnes, attelé à une carriole, admiré dans un enclos ou bien utilisé comme monture pour les enfants. L’imaginaire enfantin ne contourne pas la bête, symbole de douceur et de courage, de patience ou parfois même – on s’en doute – de violence et de rage refoulées. L’animal est traité de façon plutôt heureuse dans le conte ; ainsi « Le petit âne » de Grimm, fils de reine et élevé en prince, charme tout le monde, et le soir de ses noces royales, il se défait de ses traits bestiaux  pour apparaître en superbe jeune prince. Dans « Peau d’âne » de Perrault (1694), le déguisement de la princesse en âne, qui veut échapper au mariage imposé avec un père incestueux, est volontaire et non dû au hasard car c’est « la bête… la plus laide qu’on puisse voir après le loup ».

Mais il ne faut guère se fier aux apparences : sous la peau malodorante et repoussante, se cache une belle qui attend son prince si attachant et drôle.

Jean-Michel Rabeux a réécrit le conte, à sa manière facétieuse mi-figue mi-raisin : le roi est le plus riche qui soit avec ses voitures de sport luxueuses : « … et c’est normal… », commente le porte-parole à la fois, conteur et fée-marraine qui s’appuie sur la raison, au-delà des atouts et des pouvoirs magiques, une dame dansante de grande allure – port élégant de hennin moyenâgeux et voix étonnamment virile.

Le metteur en scène s’est amusé en puisant par-ci par-là dans les mythes universels : une statue dorée de commandeur impérieux qui vient exiger ses comptes – tel dans Dom Juan ; un miroir d’argent auquel la princesse demande si elle est vraiment la plus belle, à la façon de la reine équivoque dans Blanche-Neige.

Les décors, les costumes et les maquillages de Pierre-André Weitz ajoutent une note artistique d’éclat scintillant à l’ensemble scénographique délicat. Des tentures colorées sont installées en guise de lointain – un lai de carreaux rouges à jardin et un lai de rayures bleues à cour qui bordent un rideau central de plastique transparent, sorte de fenêtre et de vide dans l’opacité troublante du conte. Les robes de la fille du roi, faites pour retarder le mariage maudit, sont magnifiques de simplicité et d’efficacité, comme tombées du ciel : les robes du temps, de la lune et du soleil, autant de larmes brillantes et éblouissantes qui donnent de la lumière à l’ennui.

La marraine est pour le moins sympa, malicieuse et revenue de tout – une figure altière ; le père est sot car aveuglé par sa douleur de veuf, et la fille pratique et pragmatique est taquine et heureuse de vivre – jeunesse lucide d’aujourd’hui et mature. Les enfants ne peuvent qu’adhérer à cet enchantement joyeux et tonique – danse, musique et échange éclairé de paroles entre manipulés et manipulateurs -, un spectacle vivant et envoûtant au plein sens du terme.

De l’étoffe de ceux qui font rêver en vrai, à la vue d’un prince séduisant, sportif et plein d’esprit, un songe éternel qui prend vie, pour les petits comme pour les grands. L’humour des propos est subtil – jamais lourd -, volatil et suggestif, une bouée de salut enjoué lancée sur la scène. Les attachements existentiels – convenus ou pas – , sont évoqués dans la grâce, et le sourire en coin des comédiens provoque celui des spectateurs vivement satisfaits.

Avec Aurélia Arto/Laure Wolf, Hugo Dillon/Julien Kosellec, Christophe Sauger, Dianka Diaouné

Véronique Hotte

Théâtre des Abbesses – Théâtre de la Ville –, 31 rue des Abbesses 75018 Paris, du 20 au 24 avril.

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