La Cosa, chorégraphie de Claudio Stellato

Crédit Photo : Massao Mascaro

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La Cosa, chorégraphie de Claudio Stellato

La matière végétale du bois revêt une valeur particulière en tant que matériau, à côté des minéraux – la « pierre » – et cela dans toutes les civilisations. Substance renouvelable, selon la pousse des végétaux ligneux, en particulier des arbres, le bois tiré des troncs et des branches, fut sans doute utilisé par l’espèce humaine, dès ses origines, pour deux finalités principales : un matériau – parfois associé aux feuilles – et un combustible, à partir de la « domestication » du feu. D’un côté, le bois d’œuvre – construction, ameublement, navigation -, de l’autre, le bois de feu pour cheminée.

À travers la performance scénique éblouissante – ténacité et énergie, vivacité et puissance humaine -, La Cosa, que chorégraphie avec esprit Claudio Stellato, l’un des interprètes, accompagné de Julian Blight, Mathieu Delangle et Valentin Pythoud, les quatre stères de bois utilisées évoquent la force vitale de l’arbre – et non pas un bois desséché puis transformé mystérieusement en flamme vive et dévorante.

A la fin de la représentation, les performers épuisés font généreusement découvrir la sève intérieure du beau matériau blanc et végétal à des spectateurs envoûtés, conviés à fouler le plateau, un espace de jeu odorant et recouvert d’éclats de bois.

Les vers ludiques de Raymond Queneau viennent aussitôt à l’esprit : « Bois voici la grand hache et la grand scie et voici et voici… » (« Bois », Les Ziaux)

Les acrobates, danseurs et acteurs ne sont pas les sept nains de Blanche-Neige, des bûcherons qui abattent du bois et des arbres dans la forêt, mais ils les rappellent malgré eux, penchés avec sérieux sur leur tronc d’arbres, si ce n’est qu’ils portent pantalon et veste de ville, athlétiques, à la fois étrangement massifs et sveltes. Une saine poussière de bois se dépose peu à peu sur leur habit sombre tandis que les spectateurs reçoivent une pluie éblouissante de feu d’artifice de copeaux que les haches hardies et sonores détachent par éclats volatils fusant dans les hauteurs.

Le travail du bois fascine, nécessitant le maniement la hache lourde, que les quatre compères élèvent haut, de leurs bras, et rabattent lourdement sur la matière sécable et cassable de la grosse bûche de bois donnée en sacrifice – un morceau de tronc coupé horizontalement en deux -, à force de coups successifs et répétés, produits par la hargne, la niaque et l’envie vive de se confronter à la dureté du monde. Ils « travaillent » en rythme, dans l’écho sonore et le répons musical d’un coup l’autre.

Effort, tension des muscles et du corps entier sollicité, les énergumènes en action inspirent l’admiration et le respect des spectateurs, subjugués par l’énigme d’une telle action, virile et constructive, – exigeant force ardente, conviction patiente et profonde révélation de soi. Et les formes architecturales qu’ils façonnent et construisent sont fascinantes – des tours, des arches, des pyramides et des tombes sarcophages d’où les artisans s’extraient, une fois la forme accomplie, ou bien qu’ils font choir avec panache, comme des enfants amusés, penchés sur leur jouet favori.

Enchaînements des mouvements, lancers de bûches sous les pieds des complices comme autant d’obstacles et d’empêchements à progresser, les acteurs se contorsionnent dans l’élégance, réajustent leur costume, toujours dignes, portent des volumes inouïs de bûches, seuls ou ensemble, retenant, rangeant et réassociant. Les athlètes ne disent mot et communiquent d’autant plus par de simples regards compris. Une performance sereine et puissante, un éloge du corps face à la matière.

Véronique Hotte

Théâtre de la Cité Internationale, du 7 au 17 avril. Tél : 01 43 13 50 60

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