La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, traduction de l’anglais Isabelle Famchon, mise en scène de Daniel Jeanneteau

Crédit photo : Elisabeth Carecchio

Theatre de la Colline 2015-16"La Ménagerie de Verre" Tennessee Williams mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau

Theatre de la Colline 2015-16 « La Ménagerie de Verre » Tennessee Williams mise en scène et scénographie Daniel Jeanneteau avec Solène Arbel, Pierric Plathier, Dominique Reymond, Olivier Werner avec la participation de Jonathan Genet

La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, traduction de l’anglais Isabelle Famchon, mise en scène de Daniel Jeanneteau

 Entre les images libres de l’antilope gracile, de la chèvre vindicative ou du puissant rhinocéros, la licorne – animal mythique bienveillant – réserve sa grâce pour le rêveur contemplatif. La licorne apparaît dans un monde de « féerie » au bestiaire magique, un animal approximatif et onirique mi sauvage mi domestiqué dont le crâne permet de lire les vieux rêves. Telle est la figure réduite, bestiale et merveilleuse, que ne se lasse pas d’admirer la fragile Laura – la sœur de Tom – à travers sa collection enfantine de chevaux sauvages scintillants, de la Ménagerie de verre (1944) – titre éponyme de la pièce de Tennessee Williams. Cassée, la licorne perdra sa corne.

Après avoir créé en 2011 au Japon et en japonais ce joyau théâtral du dramaturge américain, le metteur en scène Daniel Jeanneteau en propose aujourd’hui une version occidentale française – palimpseste et traces d’une vision du pays du Soleil Levant. La scénographie offre au regard un espace somptueux et vide, un cube, cocon à peine enserré dans quatre murs transparents de rideaux clairs, mouvants et légers de voile et de tulle volatils, et dont le sol blanc cotonneux dégage la sensualité laiteuse d’une matière où le pied s’enfonce avec douceur.

Ainsi, s’annonce visuellement – et presque fantasmatiquement – la chambre claire de la conscience du narrateur qui se souvient d’un passé douloureux duquel il ne parvient pas à s’extraire, ni à s’éloigner dans une mise à distance qui lui serait salutaire. Tom est en même temps le personnage d’une histoire familiale pathogène, un fils autobiographe qui déroule allusivement la vie « maudite » de l’auteur Tennessee Williams. Hors scène, au début et à la fin du drame, Tom – puissance tranquille d’Olivier Werner -, poète et employé dans un entrepôt de fabrique de chaussures, tente de comprendre les énigmes existentielles, prenant à témoin le large public installé en face de lui.

Le père de famille ayant fui, le fils a pris en charge, dans un premier temps, les vies nues et démunies de sa mère Amanda et de sa sœur, avant de rompre également peu après avec un tel enfermement mortifère. Les existences maternelle et sororale suivent aveuglément un fil imaginaire frappé d’irréalité, niant la vie du dehors et la rencontre avec les autres, refusant le principe de réalité pour n’écouter que celui du plaisir – rêves et aspirations – sur lequel on n’a nulle prise.

La mère Amanda – la lumineuse et ludique DomInique Reymond en ballerine diaphane pourrait ne pas en faire autant – se projette en jeune fille éternelle à l’enfance heureuse – vraie ou mensongère -passée dans le Sud, robe de tulle romantique et fleurs à la Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent, une jeunesse perdue à présent, entourée d’abord d’admirateurs et qui aurait pu épouser la plantation prometteuse d’un de ces soupirants, si la vie n’en avait pas décidé autrement. La figure possessive porte sur sa scène personnelle des atours luxueux japonais, dessinant à traits dansés, de ses bras et jambes, des lignes de fuite et de perspective.

Un lustre coloré et somptueux – un rappel de méduse marine translucide – est installé au-dessus de la pièce de réception pour l’accueil d’un galant destiné à la sœur. Celui-ci – humanité de Pierric Plathier -, un collègue que Tom a invité, respire la vie du dehors, conformiste et attentif à la jeune fille, camarade de lycée dont Laura était l’ amoureuse muette. Quant à Solène Arbel qui interprète Laura, la sœur naturellement aimée, elle diffuse la retenue et la pudeur souhaitées par la délicatesse du rôle, parlant peu et exprimant beaucoup, absente et pleinement présente, observatrice impuissante de la folie maternelle.

Un moment de théâtre radieux et précieux entre salle et scène, conscience et songe.

Véronique Hotte`

Théâtre national – La Colline –, du 31 mars au 28 avril. Tél : 01 44 62 52 52

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