J’ai dans mon cœur un General Motors, mise en scène de Julien Villa

8-motor3

J’ai dans mon coeur un General Motors Une création de Vous êtes ici Mise en scène de Julien Villa présentation presse le 02 03 2016 Tnba Bordeaux

J’ai dans mon cœur un General Motors, mise en scène de Julien Villa

Le mouvement de défense des droits civiques des noirs américains de 1955 à 1970 aux Etats-Unis inspire la belle rage brouillonne de J’ai dans mon cœur un General Motors de Julien Villa, un spectacle revendicatif, fou, hétéroclite, inabouti et plein de souffle, entre la non-violence réformiste de Martin Luther King et la radicalité révolutionnaire de Malcom X. Avec les échos de Marcus Garvey, Web Du Bois, Frantz Fanon, Richard Whright, Jean Genet, Angela Davis, James Baldwin…

Detroit est le cœur battant de la révolution industrielle, avec ses embauches à n’en plus finir chez Ford et General Motors. Parmi eux, Berry Gordon, « Gordy » – présent sur le plateau, un maître scénique de cérémonie éblouissant, à la fois chef de troupe entêté de théâtre, de musique ou d’industrie, et père de famille. En 1970, avec un chiffre d’affaires de 48 millions de dollars, Motown est l’exemple même – un label d’usine à la chaîne qui forme des groupes, écrit et compose des chansons – de la contre-révolution engagée contre la faction socialiste des Black Panthers.

À l’origine, le jeune ouvrier devient le premier noir entrepreneur, créant le label Motown, producteur de la musique noire, «  à la chaine, comme on fabrique des voitures ».

Sur la scène de théâtre de J’ai dans mon cœur.., le charismatique « présentateur » noir instille aux siens la niaque suffisante afin que ces derniers deviennent des battants réactifs – de vrais consommateurs à la fois aguerris et manipulés « toujours plus durs, toujours plus bêtes ». Une galerie de personnages de bande dessinée et de Commedia dell’arte, pieds-nickelés caricaturaux et grotesques – la jolie fille aînée accro à l’héroïne ; la seconde fille obèse et révélatrice d’une Amérique fragile ; le grand-père jadis rebelle et perdu aujourd’hui ; la séduisante Temple, l’épouse dévolue à Gordy et d’origine irlandaise.

Les interprètes vivaces et engagés, Vincent Arot, Laurent Barbot, Nicolas Giret-Famin, Clémence Jeanguillaume, Amandine Pudlo et Noémie Zurletti, – acteurs, chanteurs et chanteuse de Gospel, musiciens -, font une belle entrée en fanfare, dansant et chantant, riant et manifestant un goût de vivre éclatant. Et aux côtés de Gordy et en interface avec lui, s’impose dans l’ascension de la musique noire, Diana Ross, une icône, « une Marilyn en noir et blanc ». Motown et Diana Ross – musique de rencontre entre le blues des champs de coton et l’industrie du Nord des Etats-Unis – « tuent » la cause noire. Les blancs et les noirs expriment à travers les mélodies un mépris et une admiration réciproques, les uns imitant les autres à des degrés divers de mise en abyme, « en manque de démons, en manque de traîtres ».

Pour Julien Villa, la musique « cache le râle des prolétaires », sous la ruse raciale du capitalisme. Dès la fin des années 70, via la micro-informatique, Détroit n’est plus qu’une ville sinistrée, dépôt de bilan et prairie-urbaine. La scénographie – installation de Sarah Jacquemot-Fuimani – est éloquente : le plateau est un espace dévasté par la pénurie, la ruine matérielle et symbolique, l’usure du temps – tas d’objets d’articles d’électro-ménager des années 60 complètement détruits ou hors d’usage, gâchis et morceaux de pare-chocs, débris de portes d’automobile, de la ferraille et des vinyles en vrac.

La société du spectacle a engendré le pire et le meilleur, et les interprètes expressifs de la Compagnie « Vous êtes Ici » qui défendent la cause des oubliés et laissés-pour-compte à travers une performance brute, ne sont pas dupes de la naïveté des uns et du cynisme des autres, perdus encore dans la démesure et la générosité de leur rôle qui devrait gagner en cadrage.

Un beau capharnaüm salutaire, empêché paradoxalement par trop d’enthousiasme.

Véronique Hotte

Théâtre de la Bastille, du 29 mars au 3 avril. Comédie de Valence, les 6 et 7 avril. Comédie de Caen, janvier 2017.

Advertisements

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s