Cabaret Léo Ferré, direction artistique Claude Mathieu, direction musicale et arrangements Benoît Urbain

Crédit Photo : Vincent Pontet coll. Comédie-Française

CABARET LEO FERRE -

CABARET LEO FERRE – Direction artistique : Claude MATHIEU – Direction musicale et arrangements : Benoit URBAIN – Lumières : Eric DUMAS – Vidéo : Matthieu VASSILIEV – Collaboration artistique : Nicolas VASSILIEV – Avec : Veronique VELLA – Benoit URBAIN (piano) – Le 13 03 2016 – Au Studio Theatre de la Comedie Francaise – Photo : Vincent PONTET

Cabaret Léo Ferré, direction artistique Claude Mathieu, direction musicale et arrangements Benoît Urbain

« Je mélange des paroles et de la musique », dit Léo Ferré citant Georges Brassens qui parle avec une humilité rare de l’art poétique. « Il y a des gens qui reçoivent d’abord la musique, d’autres qui reçoivent d’abord les paroles », ajoute Ferré pour lequel encore la poésie va dans la rue grâce à la musique, lui qui fut, pour les non initiés, un passeur pudique de l’amour libre et absolu pour les vers baudelairiens. S’il évoque le sentiment de La Mélancolie, il cite Garbo dans la Reine Christine, Charlot et Chaplin, Victor Hugo et Léopoldine, un beau terreau populaire, sonore et culturel.

L’envol libertaire de l’Anarchiste suit le parcours pierreux et difficultueux d’un exilé, en décalage marginal avec l’existence, exigeant de la vie une reconnaissance digne :

« J’suis ni l’œillet ni la verveine / Je ne suis que la mauvaise graine / Qu’on a semée comme un caillou / sur un chemin à rien du tout… » Une reconnaissance pour tous auxquels est lancée dans un geste visionnaire l’insolence civique des Indignez-vous.

Lutter contre L’Oppression, le mot d’ordre résonne étrangement à nos oreilles : « Ces mains bonnes à tout même à tenir des armes / Dans ces rues que les hommes ont tracées pour ton bien / Ces rivages perdus vers lesquels tu t’acharnes / Où tu veux aborder / Et pour t’en empêcher / Les mains de l’oppression. »

L’artiste qui ne supporte ni dieu ni maître se tient d’emblée en dialogue avec l’autre – lui-même encore – un parmi tant d’autres de la communauté des hommes qui aiment contre ceux qui n’aiment pas, et le troubadour se souvient des vers d’Aragon : « Est-ce ainsi que les hommes vivent ?… / Moi qui moi-même me trahis / Moi qui me traîne et m’éparpille… / Dans les bras semblables des filles / Où j’ai cru trouver un pays. » Explorer l’âme et ses mouvements secrets – la capacité à s’émouvoir, l’aptitude à ressentir l’indicible -, un désenchantement sourd, des regrets amers et une tristesse douce qui naissent de souvenirs diffus et d’émotions ancrées, Cette blessure même, « Comme un soleil sur le mélancolie / Comme un jardin qu’on n’ouvre que la nuit… / Comme une porte ouverte sur la mort / Cette blessure dont je meurs. »

Si le poète et chansonnier quitte la vie à son heure, ce sera pour descendre un soir dans l’enfer de Monsieur Dante, un paquet de Celtiques vides sur la table. Décidément, Les poètes sont de « drôl’s de typ’s qui traversent la brume / Avec des pas d’oiseaux sous l’aile des chansons. » Entre ombres et silences, lois du mystère.

Claude Mathieu a dirigé ce Cabaret Léo Ferré en maîtresse éclairée et attentive, accompagnée de la direction musicale et des arrangements de Benoît Urbain, au piano et à l’accordéon, avec Paul Abirached à la guitare, Olivier Moret à la contrebasse et Alain Grange au violoncelle. L’oscillation a trouvé un bel amble entre chant et parlé chanté, avec ses intonations d’historiette ou de mélodrame, sa gravité de poème symphonique, ses paroles jetées en invectives, ses pleurs et murmures. Autour du piano de Benoît Urbain, se rassemblent les interprètes – comédiens et chanteurs – pour laisser advenir toute la force poétique et humaniste d’un artiste vrai. Ils ont auparavant, chacun à leur tour ou bien dans un désordre savant, égrainer leur poème et pousser une chansonnette avec à la fois, brio et éclat, sensibilité et retrait.

Un écran de ciel bleu s’ouvre au fil de la représentation, et la vidéo de Matthieu Vassiliev laisse apparaître parfois le rêve surgi aussitôt disparu de la figure de Ferré. Saluons l’amuseur Serge Bagdassarian et le romantique Alexandre Pavloff, l’enjouée Véronique Vella et la facétieuse Julie Sicard, la Jolie Môme Pauline Clément, et l’inspiration sentie de Martine Chevallier et Christophe Montenez.

Véronique Hotte

Studio Théâtre de la Comédie-Française, du 17 mars au 8 mai. Tél : 01 44 58 98 58

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